THE CANADIAN PRESS Jean-Francois Lisée et Véronique Hivon.

L’ancien chef de cabinet de Jacques Parizeau, Jean Royer, disait de Jean-François Lisée, alors conseiller du premier ministre, qu’il « avait une dizaine de nouvelles idées par jour; suffit de trouver la bonne!»

Avec à peine 1 Québécois sur 10 le considérant comme le meilleur aspirant au poste de premier ministre, cette bonne idée, visiblement, tardait à se pointer…

Plus maintenant. En fait, nommer Véronique Hivon à titre de vice-chef témoigne, sans conteste, de la pure brillance. Pour une tonne de raisons.

Parce qu’elle incarne le PQ duquel plusieurs sont nostalgiques:  discours porteur et transpartisan, le devoir d’État avant toute chose et absence de démagogie identitaire. De la musique.

Nulle surprise, donc, que celle-ci soit la membre de la députation péquiste manifestement la plus appréciée de l’électorat.

On parle ici d’une réelle leader maîtrisant, chose rare, ses dossiers sur le bout de ses doigts. Me souviens d’une entrevue-radio que j’avais réalisée avec elle, en direct, lors des discussions sur son projet de loi intitulé «Mourir dans la dignité». Confiant de la voir tomber dans les quelques pièges préparés d’avance, soit essentiellement des questions d’ordre juridique, peu s’en fallu avant que je réalise que ma stratégie initiale venait de foirer, et ce, lamentablement. Son aplomb et pertinence, tant sur le plan de la forme que de la substance, a rapidement eu pour effet de me faire lâcher le morceau. En peu de temps, j’étais conquis, et me voilà en train de jouer le rôle du journaliste complaisant. Boum.

Pas surprenant que le projet de loi en question, sur un enjeu ô combien litigieux, obtint un appui autant retentissant que transpartisan. Beat this.

Facile de voir comment, maintenant, ce succès pourra se transposer en gains électoraux pour le Parti québécois. Deux questions principales demeurent, cela dit.

D’abord, s’agit-il ici d’un geste sincère de la part du chef Lisée, ou plutôt une Xième manoeuvre, celle-là ayant pour but de calmer ses militants après quelques semaines, et des sondages désastreux? Acceptera-t-il réellement de partager la tarte de l’attention médiatique? Faudra voir.

Ensuite, comment Hivon, progressiste et farouchement opposée à la «stratégie identitaire», pourra-t-elle naviguer à travers le passé trouble de son chef à cet effet? Avalisera-t-elle un nouveau «Il y a des hidjabs partout, ça suffit!», lancé il y a à peine dix-huit mois par Lisée? Ce dernier, envieux de récupérer le terrain identitaire perdu au profit de la CAQ, pourrait bien se laisser tenter par une autre ronde de manège démagogique.

Reste, dans pratiquement tous les cas de figure, que l’idée de Lisée est tout simplement excellente. Une merveilleuse nouvelle pour les militants et députés péquistes, et proportionnellement catastrophiques pour ceux de Québec solidaire et de la CAQ.

Et ceux du PLQ? Bah non. Plutôt les grands gagnants, ex aequo, avec ceux du Parti québécois. Parce qu’afin de préserver le pouvoir, minimalement à titre minoritaire, les libéraux ne peuvent qu’espérer qu’une chose: une perte de vitesse marquée de la formation de François Legault. Chose à laquelle pourrait contribuer, largement, Madame la vice-chef.

F_Berard@twitter.com

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