Le fact-checking a décidément la cote auprès des journalistes ces jours-ci. Lors du premier débat entre les deux candidats à la présidentielle américaine, Hillary Clinton et Donald Trump, plusieurs salles de nouvelles ont mobilisé des ressources considérables pour vérifier toutes les déclarations des candidats. Le site Politifact avait d’ailleurs mis sur place une équipe de 18 (!!!) personnes pour ce faire.

Et savez-vous quoi? Ça ne changera sûrement pas grand-chose. Ouch.

Mesdames et messieurs, l’inspecteur viral aimerait vous présenter la Loi de Brandolini, autrement connue comme le «Bullshit asymmetry principle» (Principe d’asymétrie de la connerie). Voici ce qu’elle dit:

«L’énergie nécessaire pour réfuter une connerie est d’un ordre de grandeur supérieur à celle nécessaire pour l’inventer.»

C’est tout. C’est si simple. Et ça explique tellement de choses.

Formulée en 2013 par l’informaticien italien Alberto Brandolini, la Loi de Brandolini stipule en gros qu’il est dix fois plus compliqué de réfuter un mensonge que d’en inventer un.

Vous comprenez que le temps nécessaire pour réfuter les mensonges augmente assez rapidement à mesure que le nombre de mensonges augmente.

Pour illustrer le concept, inventons un mensonge de toutes pièces. Disons, «manger des bleuets guérit le cancer du pancréas».

Ça a pris 2 secondes à inventer et un minimum d’énergie. Pourtant, si nous voulons réfuter cette affirmation (totalement fausse), nous devons:

  1. Parcourir la littérature médicale sur le cancer du pancréas.
  2. Parcourir la littérature médicale sur l’effet des bleuets sur la santé.
  3. Lire plusieurs études cliniques.
  4. Faire une synthèse des études pertinentes et/ou consulter un(e) spécialiste pour nous éclairer.
  5. Écrire un article qui réfute l’idée, en prenant bien soin de noter les sources d’information.

Et ainsi de suite. En d’autres mots, pour bien démentir une idée farfelue inventée en deux secondes avec un minimum d’effort, il faudrait au strict minimum quelques heures de travail.

Bienvenue dans le monde de l’inspecteur viral!

C’est d’ailleurs sur cette idée que mise la campagne de Donald Trump. Il lance une énormité. Le temps que ça prend aux journalistes à démentir ce qu’il a dit, il en a balancé cinq autres. Ne vous demandez pas pourquoi il a affirmé lors du débat ne jamais avoir dit que les changements climatiques sont un complot chinois quand il avait très clairement dit cela. Il y a des preuves écrites! Peu importe, il sait clairement que les journalistes n’auront jamais le temps de tout vérifier.

Et petite parenthèse: quand M. Trump affirme que le président américain, Barack Obama, est le «fondateur de l’État islamique», certains de ses partisans le prennent au pied de la lettre. Ils croient littéralement que le président des États-Unis d’Amérique a fondé l’État islamique. Et qu’il est secrètement un musulman homosexuel, et que son épouse, Michelle, est en fait une femme trans. Et que Hillary Clinton a fait assassiner plusieurs de ses anciens collègues. Ce portrait d’une partisane de Donald Trump paru dans le Washington Post illustre assez bien l’étendue du problème.

Peut-être que M. Trump se fera rattraper par ses mensonges. Peut-être sa campagne s’effondra-t-elle. C’est possible. Mais sachez que des Trump-en-herbe prennent des notes. Les sites web de piège à clics partisans ont tout compris ça et mettent déjà ces tactiques à l’oeuvre.

Il arrive souvent à l’inspecteur de voir défiler sur son fil de nouvelles Facebook un mensonge, une exagération ou un canular. Et à chaque fois, il doit se demander: «est-ce que ça vaut la peine de démentir ça? Est-ce que la fausse nouvelle a eu un grand impact sur le web? Est-ce un bon usage de mon temps, ou est-ce que je peux consacrer mes énergies à autre chose?»

Parce qu’il serait absolument impossible, même pour une armée d’inspecteurs, de démentir toutes les conneries qui circulent sur le web.

Détrompez vous: démentir même le canular le plus évident nécessite du temps, quand on fait les choses correctement. Et pendant ce temps-là, les bêtises continuent à circuler. Et pourquoi pas? C’est si facile à produire…

C’est pourquoi l’inspecteur dit toujours «soyez sages avec vos partages». C’est bien de démentir des faussetés, mais c’est bien mieux d’éviter de les partager.

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