La diversité ethnique, culturelle et religieuse est une réalité, qui non seulement est là pour rester, mais va continuer à augmenter. Et elle pose des défis à la plupart des sociétés actuelles. C’est ce qui ressort du très instructif documentaire «Le mirage de terre des hommes. Le multiculturalisme, du rêve à la réalité» (disponible sur ICI TOU.TV) de Radio-Canada. Le long-métrage revisite la question du multiculturalisme canadien dans un contexte international et permet d’approfondir la réflexion sur les enjeux de l’intégration.

Tous les jours, les médias nous rappellent à quel point les rapports entre minorités et majorités sont fragiles. On a vu récemment à quel point ce que l’on appelle maintenant «la fausse histoire de la mosquée» a pu enflammer les esprits. Rappelons que, la semaine dernière, TVA a présenté un reportage qui affirmait que deux mosquées de Côte-des-Neiges avaient demandé d’exclure des femmes d’un chantier de construction le vendredi, jour le la prière. L’information s’est avérée fausse et le réseau TVA s’en est excusé par la suite.

Il faut donc constamment revenir à la question: comment gérer la diversité? Cette question constitue un des grands défis du 21ième siècle.

Ce qui frappe le plus dans ce documentaire c’est à quel point s’expriment, parfois avec force, les inquiétudes identitaires dans presque tous les pays. Toutefois, on observe une grande variété de modèles de gestion de la réalité multiculturelle.

Le modèle québécois y est largement discuté. Dans ce segment du reportage, la discussion est surtout basée sur les propos de Gérard Bouchard, l’un des co-présidents de la Commission Bouchard-Taylor. Selon celui-ci, le Québec n’a jamais accepté le multiculturalisme tel que défini par Pierre Elliot Trudeau en 1971, car l’idée que toutes les cultures sont égales ne passe pas dans une société où la majorité de la population est de la même culture. Le Québec a donc développé son propre modèle d’intégration, à savoir l’interculturalisme, qui insiste sur le fait que le respect de la diversité ne doit pas se faire au détriment de la culture majoritaire.

Si l’on se fie aux nombreux témoignages rapportés dans le documentaire, le modèle de l’interculturalisme ainsi défini pourrait constituer la voie de l’avenir pour plusieurs. En valorisant parallèlement les identités minoritaires et l’identité majoritaire, il pourrait permettre de contourner la peur de la perte de l’identité nationale.

Un des segments les plus intéressants du reportage concerne les témoignage de la «jeune génération des millenials» de Montréal. Pour les jeunes interrogés, le Québec multiculturel est tellement évident qu’il leur paraît étrange d’en parler. «On a grandi dans des écoles où les gens venaient de partout dans le monde.» Même s’il ne s’agit pas d’un échantillon représentatif, on peut penser que plusieurs jeunes entrevoient l’avenir multiculturel de façon non menaçante.

Le grand défi de l’interculturalisme demeure celui de définir ce qu’on entend par culture majoritaire ou culture nationale. Certes, il faut reconnaître qu’il existe un contenu identitaire qui fait consensus: le respect de la démocratie, des lois et des droits fondamentaux inscrits dans les chartes des droits et libertés, dont fait partie l’égalité femmes-hommes. À cela, il faut rajouter un autre consensus sur le fait que la langue française doit être la langue publique commune.

Mais au-delà de cela, la difficulté de définir ce que serait le contenu identitaire de la culture majoritaire vient du fait qu’il existe une très grande diversité de valeurs à l’intérieur même du groupe majoritaire. Les clivages identitaires sont nombreux et traversent, entre autres, les catégories de classes et de genre. Le clivage le plus important est de nature intergénérationnelle. Chaque génération façonne sa mémoire à partir de ses expériences historiques propres. C’est dans ce sens que l’on doit comprendre les témoignages des jeunes Québécois dans le reportage.

L’adoption du modèle interculturel sera pour plusieurs pays un pas dans la bonne direction en ce qui concerne la gestion de la diversité. Ce modèle sera d’autant plus efficace si l’on reconnaît, d’une part, que la culture nationale est plurielle et, d’autre part, qu’elle n’est pas figée dans le temps.

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