De l’affaire SLĀV, je crois avoir pas mal tout lu et tout entendu. Au cours de la dernière semaine, 100 fois j’ai eu envie de «liker» les commentaires de l’un et 100 fois j’ai eu envie de traiter l’autre de maudit crétin. J’ai vu des artistes se faire juger sur des bases malhonnêtes. Comme vous, j’ai été témoin de la dérape.

Depuis 10 jours, tout le monde a essayé de «pousser» sa conception de ce qu’est l’appropriation culturelle. Peine perdue, personne n’a changé d’idée et tout le monde est resté les deux pieds bien vissés sur son X. Le débat de société souhaité par les plus optimistes n’a pas eu lieu et il ne se fera pas. Du moins, pas dans un avenir rapproché. Les accusations ont été blessantes et la cicatrisation sera longue. De toute façon, qui peut bien avoir envie de débattre avec des activistes qui qualifient les autres de «racistes» et de «suprémacistes» d’entrée de jeu?

Dans toutes les langues et dans tous les pays, il n’existe pas de mot plus laid que «raciste». De le hurler en pointant Betty Bonifassi et Robert Lepage, de traiter des spectateurs présents au TNM le soir de la première de «suprémacistes», voilà la démonstration claire d’une effroyable irresponsabilité. Qu’on ne soit pas d’accord avec une proposition ou avec une démarche artistique, c’est une chose. Mais de là à utiliser pareils qualificatifs, ça, on ne peut pas le tolérer et on doit le dénoncer.

La semaine dernière, dans ce triste brouhaha, plusieurs questions ont ressurgi :

– Ça prend combien d’opposants à un projet pour les identifier comme étant les représentants d’une communauté tout entière?

– Ce spectacle, avec la même distribution et un répertoire identique, aurait-il suscité une pareille «dénonciation» s’il avait été monté par un dénommé John Smith dans un théâtre anglophone?

– Pourquoi le festival a-t-il mis tant de temps à réagir? Et pourquoi s’est-on «excusé» plutôt que d’être «désolé» par la tournure des événements?

– À qui appartient la misère de nos ancêtres? À nous ou à l’histoire? Et à quoi sert l’histoire, sinon à raconter ce qui s’est passé afin que plus jamais les horreurs ne puissent se répéter…

Je n’aurais jamais cru qu’un jour, un spectacle monté par Robert Lepage dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal allait provoquer une telle lame de fond. Parce que la dramaturgie du premier m’a fait découvrir avec justesse et sensibilité des cultures qui m’avaient jusque-là échappées (La trilogie des dragons n’est pas, à ce que je sache, une tournée des buffets chinois du boulevard Taschereau…). Et parce que l’aspect à la fois festif et pédagogique du second m’a ouvert les oreilles et le cœur sur ce qui venait de partout ailleurs dans le monde, sans aucune distinction. Devant ce ciblage injuste qui me semble pour le moins mal enligné, mon incompréhension demeure totale.

J’aurais encore plein de choses, plein de points à soulever. Mais à quoi bon? Vous savez, vu le contexte, je vais vous le confier en toute candeur: ça ne me tente pas du tout de me retrouver, moi aussi, avec une pile de procès d’intention sur le dessus de la tête. On en est rendus là.

Y’en aura donc pas, de débat…

***

Vu: La chute de l’empire américain, dont je n’ai pas pu vous parler la semaine passée. 

Tout Denys Arcand est là:

  • Des répliques à se rouler par terre.
  • Une prostituée qui cite du Racine.
  • Un docteur en philo parfaitement « outcast » qui en est réduit à livrer des colis pour gagner sa vie.
  • Des gens d’apparence tout à fait correcte mais qui sont finalement des écœurants finis.
  • Et plein de dialogues qui semblent tout droit sortis d’un souper de bolles où les convives ne peuvent s’empêcher de jouer au plus smatte que l’autre.

Mentions d’honneur: on souligne le fort beau travail de Florence Longpré, de Pierre Curzi et de Geneviève Schmidt (qui nous offre un cameo absolument hilarant).

Vu l’offre cinématographique estivale, on recommande sans plus de fla fla.

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