Krystel V. Morin Julie Aubé lors d’une récente visite au vignoble Les Pervenches, à Farnham.

Depuis trois ans, la nutritionniste et experte en agrotourisme Julie Aubé consomme exclusivement des boissons alcoolisées québécoises de la Saint-Jean-Baptiste à la fête du Travail dans le cadre du Défi boire local. Bières, vins, cidres, spiritueux et autres hydromels trouvent leur place dans son verre, en autant qu’ils aient été produits ici. Métro s’est entretenu avec cette locavore convaincue… et convaincante!

Pourquoi s’être lancé ce défi de boire local de la Saint-Jean-Baptiste à la fête du Travail il y a trois ans?
Je pense que c’est juste une suite logique de mes messages habituels, qui m’amènent à parler beaucoup d’alimentation locale, d’agriculture de proximité, de rapprocher les mangeurs de ceux qui produisent les aliments. Je me suis rendu compte que même les gens qui étaient contents de mettre au menu les aliments du Québec accompagnaient leur repas d’un vin qui
arrivait d’un pays autre.

D’un point de vue personnel, dans tout le tourisme gourmand que je fais [Julie Aubé a notamment écrit le livre Prenez le champ, publié en 2016 et consacré à l’agrotourisme], il y a beaucoup de nourriture, mais il y a aussi des vins, des bières et d’autres boissons alcoolisées. Je ne vais pas à la SAQ, mais chez les producteurs. Donc, quand je reçois, je finis par servir les bières et les vins que j’ai achetés sur place. Il y en a pour tous les goûts. Ce n’est pas parce que ça vient du Québec que c’est bon ou mauvais.

Vous avez appelé cet événement «Défi», ce qui sous-entend une certaine difficulté à réussir. Est-ce difficile de boire uniquement des boissons québécoises?
Le mot «défi» m’est venu en tête en raison de la durée: du 24 juin au début septembre, ce qui équivaut à environ 10 semaines. Finalement, en le faisant, je me rends compte que, pour moi, ce n’est pas un si gros défi que ça et que le terme est peut-être un peu gros.

Cependant, ça peut devenir un défi quand on va au restaurant. Pour la bière, c’est beaucoup plus facile. C’est d’ailleurs mon choix de boisson pour accompagner mon repas quand il n’y a pas de vin du Québec à la carte, ce qui est souvent le cas. Je lève mon chapeau à ceux qui offrent au moins un vin du Québec sur leur carte. Je ne dis pas que ça doit être une carte exclusivement québécoise, mais dans tous les choix qu’on offre, c’est certain que le sommelier ou le restaurateur est capable de trouver un vin du Québec qui va lui plaire.

Le mot «défi», finalement, prend son sens dans le fait de passer par-dessus certains préjugés, qui peuvent être tenaces. Le défi, ce n’est pas tant de boire local, pour moi, mais de voir la réaction des gens quand on sort un vin du Québec ou qu’on en demande au restaurant, par exemple. C’est comme si les gens étaient préparés mentalement à ne pas aimer ça – ce qui est particulièrement vrai pour les vins du Québec, et encore plus pour les vins rouges. Le défi, c’est de convaincre les gens d’y regoûter.

«Goûtez-y, prenez le temps d’y regoûter. Si votre idée sur les vins du Québec date de plusieurs années, il est temps de mettre à jour vos impressions parce qu’il y a toutes sortes de choses qui changent.» –Julie Aubé, nutritionniste et auteure du livre Prenez le champ

Dans quoi sommes-nous bons au Québec?
On est bons dans tout! Dans chacune des catégories de boissons, il y a des produits qui se distinguent. Certainement, avec le nombre de microbrasseries qu’il y a sur le territoire, je crois qu’on a des produits exceptionnels et qu’on est gâtés. En matière de cidre, on est aussi super gâtés parce qu’on a vraiment un climat pour la pomme. Le cidre, c’est une autre boisson dont les gens gardent un mauvais souvenir, particulièrement ceux d’une autre génération qui ont pu avoir de mauvaises expériences avec le cidre qu’ils ont bu dans le passé. Ça change énormément et il y a de super belles découvertes à faire. Les vins, il faut vraiment les goûter parce qu’à force d’en boire, je me mets à apprécier cette petite note d’acidité caractéristique des vins québécois.

Quelques découvertes faites par Julie Aubé cet été:

  • Vin. Le rosé Prélude et le blanc Ces petits imprévus du Domaine du Nival, à Saint-Louis, en Montérégie.
  • Bière. Les bières de saison aux framboises des microbrasseries Ras L’Bock de Saint-Jean-Port-Joli et Tête d’Allumette de Saint-André-de-Kamouraska.
  • Vermouth. Le vermouth vert (de miel) de Desrochers D, dans les Hautes-Laurentides.
  • Cidre. Le Brut de la cidrerie Le Somnambule, à Saint-Henri, dans Chaudière-Appalaches.

Où trouver des boissons québécoises? Outre la SAQ, quelques boutiques spécialisées offrent un large éventail de produits alcoolisés d’ici, dont le Marché des Saveurs du marché Jean-Talon, qui propose un vaste choix de bières de microbrasserie, de vins, de cidres et d’autres boissons artisanales. (280, place du Marché-du-Nord)

Pour faire ses propres découvertes

Tout au long de l’été et de l’automne, Julie Aubé propose les événements Prenez le champ afin de faire vivre aux intéressés des expériences agroalimentaires originales et des rencontres avec les artisans. Le prochain, présenté en collaboration avec le festival YUL EAT le 26 août, est justement sous le thème «Boire local» avec une visite du vignoble bio Pigeon Hill, une visite-dégustation du vignoble-cidrerie bio Clos Saragnat et un arrêt à la microbrasserie Sutton Brouërie.

Une table ronde sur ce thème sera aussi présentée au cours du festival YUL EAT qui se tient au quai de l’Horloge du Vieux-Port, du 2 au 4 septembre.

Infos et réservations: julieaube.com

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