Selon la croyance populaire, la diète végétarienne causerait des carences alimentaires, au point où ceux qui l’adoptent risqueraient de développer certaines maladies, voire des troubles mentaux. Plusieurs études se sont penchées sur ce lien. L’une d’elles nous a intrigués.

L’étude en question a été publiée dans le Journal of Affective Disorders et a fait parler d’elle dans les médias. Des chercheurs de l’université de Bristol y concluent à un risque presque deux fois plus élevé de dépression chez les végétariens. Notons d’abord que dans cette étude qui a porté sur 10 000 hommes, seulement 350 d’entre eux étaient végétariens (3,6%). L’étude s’est exclusivement penchée sur des hommes parce que les chercheurs voulaient un groupe homogène et parce que les symptômes de dépression diffèrent chez les hommes et les chez femmes.

Sur les 350 hommes qui ont rapporté être végétariens (311 végétariens et 39 végétaliens), les auteurs ont noté que 12,3% étaient à «risque modéré» de souffrir de dépression (43 hommes sur 350), contre 7,4% des non-végétariens (690 hommes sur 9318). Pour un risque plus élevé, on comptait 6,8% des végétariens, contre 3,9% des autres.

Hypothèses

Comment les auteurs, à l’instar d’autres chercheurs avant eux, expliquent-ils que le fait d’être végétarien puisse accroître le risque de dépression? Leur hypothèse est qu’il s’agit de carences alimentaires, particulièrement le manque de vitamine B12. La B12 (cobalamine) est essentielle au bon fonctionnement du cerveau et du système nerveux. On la trouve dans la viande, les poissons, les œufs, les produits laitiers et les produits enrichis, tels que les boissons de soya, certaines levures et des simili-viandes.

Une hypothèse qui ne satisfait pas Marie-Josée Leblanc, nutritionniste et coordonnatrice d’Extenso, le Centre de référence en nutrition de l’Université de Montréal. «Le manque de vitamine B12 peut être impliqué dans des problèmes neurologiques, mais à moins d’être végétalien et de ne consommer ni lait ni fromage, il y a peu de risques.»

Des recherches explorent ce lien entre la carence en vitamine B12 et la dépression, mais les résultats sont mitigés. Beaucoup d’aliments destinés aux végétaliens (boissons végétales, soja, pâtés végétariens, etc.) sont toutefois enrichis en vitamine B12 pour contrer cette carence.

Se pourrait-il qu’il faille voir le problème à l’envers? Et si c’étaient les gens dépressifs qui étaient plus nombreux à adopter une alimentation végétarienne? Certaines personnes qui sont végétariennes pour des raisons de santé ont parfois un historique d’exploration de diètes restrictives et de troubles alimentaires. Ces personnes sont déjà à risque de développer des troubles mentaux, déclare Valérie Tourjman, chercheuse de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal.

«Les personnes plus anxieuses pour leur santé pourraient non seulement être plus prédisposées à changer leur diète mais aussi être plus à risque de dépression», dit-elle en citant une étude allemande menée en 2012. Mme Tourjman cite par ailleurs une étude américaine de 2010 qui avait conclu que les gens ayant adopté un régime végétarien étaient plus nombreux à être de «meilleure humeur».

Verdict

L’étude ne permet pas de conclure à un lien entre végétarisme et dépression. La littérature scientifique ne va généralement pas dans ce sens.

Aussi dans Vivre :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!