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Pour l’amour du cheval

Mes hommages. Après huit ans – HUIT ANS – de pluie non stop, cette chaleur et cette lumière qui nous inondent le crâne sont, à mon cœur, ce que le printemps fait aux cerisiers. Quelle merveille. Hélas, le retour des lilas a garni, mercredi soir, ma robe à fleurs d’une sâprée tache de moutarde baseball.

Alors. L’été dernier, le maire Coderre s’était porté à la défense des chevaux du Vieux-Montréal en s’élevant mollement contre les caléchiers, avec promesse de resserrer les règles en vigueur et de froncer les sourcils pour faire joli. La rassurante comptine fut, hélas, de courte durée, puisque finalement les cochers devront simplement interrompre leurs activités dès que la température extérieure s’élèvera à plus de 28 °C. L’an dernier, c’était à 30 °C. Deux degrés de réflexion de haute voltige plus tard, je souhaite fort que champagne fut sabré et que petites biscottes au Velveeta furent servies pour célébrer la belle humanité qui anime le grand homme en costard. Un grand homme pas peu fier de nous expliquer les petites affaires auxquelles il avait pensé:

«Le cheval fait partie de notre patrimoine. Pendant au moins 300 ans, il a fait partie de notre qualité de vie. Y a quelque chose de pédagogique et d’éducatif là-dedans. Et il y a une réalité de touristes.»

Quelque chose d’éducatif et de pédagogique. «REGARDE, petit Jimmy! Tu vois le cheval qui avance entre le gros Hummer charcoal et la Harley? Eh ! bien, des chevaux de même, il y en avait dans le temps de la Nouvelle-France. Mais à l’époque, ils n’avaient pas de petits sacs après le derrière ni de plumes vert lime sur la noix. C’était pas mal moins beau, mais c’était de service.» Douces, douces leçons d’histoire qui pourront, thank the Lord, être transmises aux jeunes qui viendront manger une queue de castor dans le Vieux pour célébrer la qualité de leur vie Canada de fantaisie.

J’ai beaucoup d’empathie pour les cochers qui, pour certains, affirment craindre une baisse de 50% de leur chiffre d’affaires annuel. Je saisis le péril et je saisis aussi leur grand amour des chevaux. Loin de moi l’idée de tous vous sacrer dans la chaudière des tyrans. Mais saint-sifri de calvaire, j’ai beau revirer le portrait de tous les côtés, je n’arrive pas à m’expliquer ce qu’un cheval a de bon à faire dans le trafic. Dans le chaos urbain, les vapeurs brûlantes du bitume et les rires gras d’une touriste polonaise qui trouve donc ça charmant de se faire tirer par une jument pour aller voir Volta.

Ces bêtes n’ont rien demandé. Et «le règlement risque d’empirer le bien-être de mon cheval, parce que ça me fera moins d’argent pour en prendre soin», sèchement lancé
par un cocher en beau joual vert, me suffit à n’avoir de pitié que pour les croissants.

Moins de soins?

Moins de droits pour toi, mon petit père.
La bise.

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