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La vie en vert

Il y a eu La vie en rose d’Édith Piaf. Maintenant, la mode n’est qu’au vert.

Récemment, l’ONU lançait un vibrant appel aux maîtres du monde : «L’économie mondiale doit passer au vert», titrait Le Devoir du 21 février, et «L’économie verte pour réconcilier croissance et environnement», mention­nait La Presse. Ceux qui persisteront à polluer devront acquérir des «droits de pollution» qui seront cotés en Bourse et transigés par nos aimables banques. Eh oui, le marché, avec ses lois naturelles et ses instruments financiers, va réguler l’économie verte, qui rimera avec billets verts.

L’industrie forestière, qui a toujours reçu plus en subventions et en frais de reboisement de l’État qu’elle payait en droits de coupe et en impôts, passe définitivement au vert (La Presse, 11 janvier). C’est loin d’être une farce. Après Tembec, voilà que «Domtar veut être plus verte» (La Presse, 7 janvier). Cela va en boucher un coin au poète Richard Desjardins, qui a souvent accusé les papetières de procéder à des coupes à blanc et de saccager la forêt boréale. Maintenant, Richard Desjardins et Guy Chevrette, l’ancien ministre péquiste devenu le lobbyiste en chef des forestières, pourront fumer le calumet de la paix ensemble.

Il y a aussi l’industrie des plastiques qui a ressenti l’appel et qui est maintenant prête à passer au vert (Les Affaires, 29 janvier), et l’industrie touristique qui offre des «hôtels toujours plus verts» (La Presse, 29 mars), même en présence de punaises… vertes évidemment.

Quelle merveilleuse nouvelle rapportée dans La Presse du 12 février! On nous annonce que les Québécois, toutes tendances politiques confondues, voient dorénavant vert en matière de rénovation. Enfin, fini les débats stériles sur les notions de gauche et de droite, on sera tous verts! On formera enfin un peuple solidaire prêt à relever tous les défis. Ah non, me voilà qui recommence à pleurer.

Cela sonne aussi le glas des vieux partis politiques. «Vert contre vert», titrait La Presse du 15 février. Il n’y aura plus que des partis verts, comme le parti vert pâle, le parti vert chantant, le parti vert consensuel, etc. On assiste à une véritable révolution. Du jamais vu! Même «l’industrie de la mort prend le virage vert» (Les Affaires, 5 janvier). Imaginez, on va pouvoir mourir en vert! Je serai «composté». Fantasmagorique!

J’ai gardé le plus touchant pour la fin. Tel que signalé dans Le Devoir du 12 janvier : «Le bonhomme Carnaval vire au vert». Badaboum et Youpi vont certainement emboîter le pas. Pis, que pensez-vous de ma nouvelle façon de voir le monde : tout en vert?

– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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