Dans les années 1980, la «dame de fer», Margaret Thatcher, a instauré envers et contre tous, le néolibéralisme à tous crins en Grande-Bretagne. Au menu, des privatisations à la tonne, allant de la santé à l’eau, en passant pas la réduction massive de l’État, la déréglementation et le décloisonnement afin de laisser le privé agir à sa guise, la désyndicalisation et la restriction du droit de grève, les baisses d’impôts pour les entreprises et les riches, alouette. Tout ça au nom évocateur de la création de richesse et de la liberté individuelle. Ces politiques «lucides» et «courageuses» appliquées avec des résultats catastrophiques en Irlande, en Nouvelle-Zélande, en Islande et aux States ont toutefois été chaudement applaudies par la caravane tonitruante des milices de la droite du Canada comprenant le patronat et ses majorettes politiques, universitaires, médiatiques et institutionnelles versées dans des recherches d’un certain genre.
Et v’lan, comme aux États-Unis, la marmite a sauté. Il y a une limite à mépriser la classe moyenne et les moins fortunés en les prenant pour des imbéciles et d’essayer de leur vendre à tout prix et surtout de leur imposer des politiques qui les appauvrissent, qui démantèlent leurs services publics, haussent leurs impôts et taxes et privatisent aux opportunistes leurs instruments collectifs et leurs ressources naturelles. Lors des dernières émeutes en Angleterre, le premier ministre David Cameron a fait preuve de répression envers les manifestants et a «qualifié les émeutes de banale criminalité» (Le Devoir, 11 août 2011). Il a menacé d’appliquer une politique de «tolérance zéro» (Le Devoir, 15 août 2011). Consternant et pathétique. Réduire ces mouvements massifs à de simples actes de délinquance sans évoquer les conditions socio-économiques des Anglais «ordinaires» est indigne d’un dirigeant politique et illustre clairement les groupes et les intérêts qu’ils défend.
Faisons, si vous me le permettez, une brève revue de presse. En 2008, il y eut une «grève sans précédent au Royaume-Uni» (Le Devoir, 25 avril 2008) et en 2010, «Émeute étudiante. Londres s’embrase» (La Presse, 10 décembre 2010). Là aussi, je suppose que les grévistes et les étudiants n’étaient que des fauteurs de trouble isolés, probablement et certainement des communistes. Les manifestations monstres de cette année font donc suite à plusieurs autres survenues dans un passé récent et mettant en présence plusieurs groupes révoltés contre tant d’inégalités économiques et de l’abyssale concentration de la richesse. Comme toujours, les élus restent impassibles devant ces messages lancés par la population. Bien au contraire, ils appliquent des mesures d’austérité qui amplifient les injustices.
Juste pour vous, j’ai recueilli dans mes archives old school de découpures de journaux, des articles éloquents qui illustreront la base du problème et les fondements économiques et sociaux qui ont mené à un tel ras-le-bol des Anglais… Commençons par un article de La Presse du 29 avril 1997 intitulé: «Pauvreté, version anglaise», dans lequel on signale «qu’un enfant sur trois en Grande-Bretagne vit dans la pauvreté, le Royaume-Uni se retrouvant sous ce rapport, de toute l’Union européenne, en avant-dernière position». Very interesting indeed my dear! Le rouleau compresseur de madame Thatcher faisait alors son œuvre. Et puis, que dites-vous mes amis de «Un million d’enfants britanniques dans la misère» (Journal de Montréal, 3 septembre 2003), et de celle-ci: «Royaume-Uni! 26% des enfants vivent sous le seuil de pauvreté» (Journal de Montréal, 12 juin 2007). Il y a aussi le titre de cet article de La Presse du 12 juillet 2007 qui porte à réflexion : «La crise des hypothèques à risque se répand. Au Royaume-Uni, de plus en plus de ménages sont insolvables» et ajoutons-en une autre comme: «Royaume-Uni: riches et pauvres. Le fossé plus profond» (Journal de Montréal, 18 juillet 2007). Dans ce dernier texte, on mentionne que «le fossé entre les riches et les pauvres n’a jamais été aussi profond depuis 40 ans». Unbelievable!
Pour atténuer l’écart entre les riches et les pauvres, comme l’ont fait ici les péquistes et les libéraux, «David Cameron serre la vis aux assistés sociaux» (La Presse, 11 novembre 2010). Shame on you mister! Mais la bonne nouvelle est qu’en Grande-Bretagne «les grandes fortunes toujours plus riches» (La Presse, 9 mai 2011). Very exciting! Au début de cet article, il est dit que «malgré la crise, les grandes fortunes britanniques ont vu leur richesse gonfler en moyenne de 18% dans les douze derniers mois». Moi je n’aurais jamais écrit «malgré la crise», j’aurais plutôt dit «grâce à la crise» défrayée par le bon peuple comme toujours. Ah oui, toute cette pauvreté et ces inégalités économiques font que: «Plus haut niveau depuis 100 ans. Nombre record de meurtres en Grande-Bretagne». Nombre record de meurtres en Angleterre mais pas autant qu’aux États-Unis. Les Américains tiennent beaucoup à préserver ce record.
Je ne sais pas ce qui se passe avec moi, mais je sens monter en moi une fièvre de positivisme. Je m’inquiète. Tiens, pourquoi pas une autre bonne nouvelle pour vous remonter le moral? Après avoir fait exploser les frais de scolarité des étudiants et couper dans le gras des assistés sociaux: «Londres vole au secours des banques» (Le Devoir, 20 janvier 2008) à coups de milliards de dollars en fonds publics. Quel beau geste de compassion démontré envers les banques, responsables de la crise, qui ont heureusement continué à encaisser leurs milliards en salaires et bonus comme si de rien n’était. Faut être pragmatique. Pour aider financièrement les banques et les banquiers, faut bien que le gouvernement anglais pige dans les poches de quelqu’un ou coupe dans ses services publics si l’on veut que la Grande-Bretagne compte plus de millionnaires l’an prochain et maintienne sa très belle cote de crédit AAA pour sécuriser les détenteurs de capitaux.
Je termine par deux articles qui vont prouver à mes détracteurs, du moins je l’espère, que je me suis réformé et converti au capitalisme de «compassion» et au libéralisme «social» et que je suis devenu jovialiste. Il n’est jamais trop tard pour mal faire. Vous allez m’adorer.
Pour démontrer mon virage idéologique à droite, voici le titre de deux articles de journaux qui montre «scientifiquement» les bienfaits objectifs de la privatisation de la santé et de l’eau, entre autres, au Royaume-Uni: «L’instauration d’hôpitaux à but lucratif en Angleterre n’a pas amélioré la capacité de prestation de services (Le Devoir, 3 mai 2008)… sauf pour les lords et «Londres : l’eau (privée) de plus en plus chère et rationnée» (Journal de Montréal, 14 avril 2006), sauf pour les milords…
Dit autrement, un bain à l’eau froide par semaine et toute la famille dans la même eau chacun son tour qu’il faut conserver par après comme «bouillon» pour la cuisine. Bain et douche à l’eau froide car au Royaume-Uni l’électricité privée coûte deux bras et deux jambes. Là-bas, prendre un bain à l’eau chaude à tous les jours est considéré comme indécent et démontre un manque éhonté de «solidarité». Question d’examen à mes lecteurs: au Royaume-Uni, qui sont les véritables révolutionnaires?