N’ayons pas peur des mots, je vous en prie. L’évasion fiscale généralisée dans les paradis fiscaux c’est carrément criminel. Ce n’est pas parce que des politiciens inféodés et corrompus tolèrent et même encouragent ces crimes fiscaux qu’ils sont légaux pour autant.
Vos élus hypocrites font de temps en temps des crisettes afin de vous faire croire qu’ils s’attaquent vigoureusement à ces manœuvres crapuleuses mais, dans les faits, il en est absolument rien. Ce n’est que du mauvais cinéma. Ils simulent s’attaquer aux vaches sacrées des gras durs afin de vous faire avaler, au nom de la soi-disant solidarité, des hausses de tarifs dans tous les services publics et des taxes régressives à la consommation qui frappent de plein fouet la classe moyenne et l’appauvri.
Ils partent tellement en guerre contre l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux que l’ex-ministre conservateur du revenu, Jean-Pierre Blackburn, a signalé, de même que Statistique Canada, que les entreprises canadiennes (ce qui exclu les particuliers) avaient investi en 2009 pour 146G$ dans les paradis fiscaux contre 88G$ en 2003 et 11G en 1990 (Argent, 5 janvier 2010). Vous voyez bien qu’ils vous rient en pleine face. L’évasion fiscale explique beaucoup pourquoi en pleine période de croissance économique (les compagnies canadiennes n’ont jamais été en aussi bonne santé financière depuis les 40 dernières années que nous dit Statistique Canada) nos services publics sont tellement sous-financés que notre système de santé publique tue à l’urgence et dans les attentes interminables de traitements.
Aucun problème toutefois pour ceux qui ont les moyens d’aller se faire soigner au privé comme dans cette publicité d’une clinique privée parue dans La Presse du 8 juin 2011: «Votre santé ne peut attendre»… si vous avez les moyens. Quant aux autres, ils peuvent crever. Voilà la véritable nature de la liberté individuelle prônée par les milices de droite. Comme si ce n’était pas assez, Harper en rajoute et continue de plus belle à diminuer les impôts des entreprises (ce qui fait que le Canada est le pays qui les taxent le moins de tous les pays occidentaux) et à les subventionner à coup de milliards en fonds publics comme le fait aussi l’inégalable Charest à Québec. Nos gouvernements ont des principes idéologiques sacrés orientés vers le bien-être de la caste supérieure et de leurs cénacles.
Si vous voulez rire jaune, vous n’avez qu’à lire la très instructive revue française Atlaséco (2011) du Nouvel Observateur qui fourmille de renseignements politiques, sociaux et économiques sur tous les pays du monde. Une revue que vous devez vous procurer. Prenons le cas de quatre colonies ou dépendances britanniques. Anguilla compte 14 000 habitants et 8 000 compagnies; l’Île de Man compte 8 000 habitants et 30 000 sociétés; Saint-Christophe-et-Niévès a 50 000 habitants et 20 000 sociétés et enfin le préféré des pachas, les Ïles Caïmans dénombrent 55 000 habitants et plus de 100 000 entreprises y sont enregistrées.
Barack Obama a même identifié aux Caïmans un immeuble qui abritait 19 000 sociétés, ce qui lui a fait dire que c’était soit le plus grand immeuble ou soit la plus grande arnaque fiscale au monde. Aux Ïles Caïman on décompte 2 entreprises par habitant. Fantastique! Des gens vraiment entreprenants.
Voilà l’endroit où le tandem Legault-Sirois et leur coalition devraient envoyer nos jeunes suivre le cours qu’ils veulent rendre obligatoire sur «l’éveil à l’entrepreneuriat». Hum, hum! L’Ïle Niue, une autre île paradisiaque, compte, quant à elle, 1400 habitants et après vos élus viennent vous dire sans rire qu’ils doivent respecter la «souveraineté politique» de ces pseudos-pays plus petits que Saint-Tite ou Pointe-Calumet. Méprisant est le mot qui les qualifie le mieux.
Au cours des six dernières années, en pleine période de crise, nos très chères banques canadiennes ont détourné 10G$ dans les paradis fiscaux. C’est écrit noir sur blanc dans leur rapport annuel. Ça les aide dans la quête de leurs profits annuels record. Après, ces filous ont le toupet de vous dire que vous devez faire de gros sacrifices pour que l’on sorte de la crise financière qu’ils ont provoquée et que vous devez payer. Faut être solidaire qu’a claironné récemment l’incroyable ministre libéral Raymond «Hulk» Bachand.
La vérité est qu’avec un minimum «minimal» de volonté politique, on pourrait mettre fin en moins de quelques heures à l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux en les éliminant tout simplement. Un tout petit embargo économique ou bancaire et on n’en parlerait plus. Mais, vos courageux politiciens préfèrent lever des embargos inhumains et même envahir militairement des pays récalcitrants qui ne se soumettent pas suffisamment aux diktats des pays, des multinationales et des pachas occidentaux. Tout ça au nom de la supposée liberté et de l’hypothétique démocratie dans le monde. À ce compte, qu’attendent-ils pour envahir l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes et le Koweit?
En Arabie Saoudite, il est interdit aux femmes de conduire une auto (La Presse, 17 juin 2011) et il y a dans ce beau pays «recrudescence du nombre de décapitations au nom de la loi de Dieu» (Journal de Montréal, 16 juillet 2007). Quant aux Émirats Arabes, la Cour suprême vient de statuer qu’un homme «pouvait légitimement battre sa femme, mais sans laisser de trace» (Le Devoir, 19 octobre 2010). Qu’à cela ne tienne, les pays occidentaux et leurs élus les considèrent comme des amis. Les méchants sont Fidel Castro à Cuba, Hugo Chavez au Venezuela et maintenant Khadafi en Lybie qui, il n’y a pas longtemps, était le chum de Sarkozy en France, de Bush et Rice aux Etats-Unis et des transnationales pétrolières comme Total, Suncor, Pétro-Canada, ExxonMobil, etc.
L’important est de s’approprier le pétrole libyen et irakien et les immenses ressources minières de l’Afghanistan et de mettre à la tête de ces pays des collaborateurs corrompus avec une attitude positive, pragmatique et moderne. On appelle ça hégémonie et montre le vrai visage du capitalisme.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.