Le patronat a ordonné à Charest et à ses ministres mercenaires, comme Lise Thériault au Travail et Line Beauchamp à l’Éducation, d’abolir le placement syndical dans l’industrie de la construction et de réformer le régime de santé et de sécurité du travail (CSST) afin de contrer les soi-disant abus de certaines femmes enceintes. Ah les vilaines! La ministre Thériault s’est exécutée en jouant des bras avec les travailleurs, ce qui a plu aux dominants. Les patrons lui ont aussi suggéré de ne pas réviser la loi du travail en ce qui a trait aux lock-out, à l’embauche de scabs et à la fermeture sauvage d’usines. Suggestion qui a bien évidemment été retenue par Charest et la Tigresse Lise Thériault qui, dans ce cas, s’est transformée en petit minet ronronnant.
Et le patronat a aussi exigé l’augmentation substantielle des frais de scolarité au Québec afin de les ramener dans la moyenne canadienne, ce que fit avec empressement la ministre Beauchamp qui s’est toutefois montrée inflexible envers les demandes des étudiants. Elle a dit : «La hausse des droits de scolarité est nécessaire et inévitable» (Le Devoir, 4 novembre 2011). Puis, le patronat a dicté au ministre de la Santé Yves Bolduc de couper encore davantage dans le maigre en santé, ce que fit de facto l’adjudant. Et pour rire du monde un petit brin, le ministre Bolduc a dit avoir trouvé la solution géniale pour mieux gérer la santé publique avec moins : «Des fonds pour implanter la méthode Toyota» (Le Devoir, 2 novembre 2011). C’est ben vrai, des chars et des malades, c’est du pareil au même. Fallait y penser. Puis, une usine de montage automobile et un hôpital avec son stock de malades, ça se gère de la même façon.
Par contre, le patronat du Québec a réitéré sa directive à Charest et à son ministre des Finances, le solidaire Raymond Bachand, de ne surtout pas s’aligner sur les autres provinces canadiennes, entre autres l’Ontario, et de ne pas sabrer dans les milliards en subventions allongés aux compagnies et aux écoles privées, de ne pas diminuer le prix des médicaments génériques et brevetés et de ne pas hausser l’impôt sur le revenu effectif des entreprises. Dans ces cas, les chambres de commerce ont affirmé que seul le Québec avait raison au Canada grâce à sa grande «lucidité corporative» et a chaudement applaudi ces aspects spécifiques du modèle québécois. Un modèle québécois a géométrie variable qui doit préserver les vaches sacrées des riches et célèbres.
C’est connu, les libéraux au Québec sont fanfarons avec les syndicats et soumis avec les puissants comme les gens d’affaires et les médecins. Parlant de médecins, face à la pénurie artificielle et permanente de médecins au Québec et au Canada, le Collège des médecins, c’est-à-dire le syndicat omnipuissant des médecins, nous a mis devant le fait accompli : «Pénurie de médecins : Pas d’amélioration avant 10 ou 15 ans» (La Presse). Faut donc s’y faire, ainsi en a décidé le syndicat des médecins. La pénurie de docteurs fait son affaire.
Me semble que la formation et la venue de médecins étrangers ne devraient pas relever du syndicat des médecins mais du gouvernement! Mais, vous le savez fort bien que cela ne changera pas et que les médecins vont continuer à dicter leur volonté comme l’indique le titre de ces articles de journaux : «Médecins étrangers s’abstenir» et «Médecins étrangers : pratique au Québec, la porte est difficile à ouvrir même pour des médecins canadiens». Et cela même si «les médecins étrangers sont aussi compétents que ceux formés au Canada». Étrange que le Québec accueille à bras ouvert des professionnels en tout genre sauf des médecins… Pourquoi donc?
Il y a eu cette nouvelle troublante parue dans La Presse du 4 octobre dernier : «Des dizaines d’examens diagnostiques annulés. Départ de quatre spécialistes en médecine nucléaire au CHUM.» Ils ont démissionné, vexés et même humiliés d’être fusionnés par la direction de l’hôpital avec le service de radiologie «ordinaire». Pauvres petits martyrs. Pas grave, c’est juste des cas de radiologie nucléaire qui ont été annulés pour des patients qui ont seulement le cancer. Faisant preuve de compassion, on a alors suggéré aux malades, s’ils tiennent à vivre, d’aller dans une clinique privée à 2 000 $ l’examen. Un prix d’ami, quoi! Peut-être des cliniques privées administrées par les radiologistes démissionnaires? Geste, selon moi, pas mal plus grave et innommable posé par des toubibs surpayés que ceux imputés aux syndicats de la construction. Toutefois, aucun éditorial ou chronique à cet effet sur cet incident, somme toute «mineur». Il y aurait eu plus de couverture médiatique s’il avait fallu qu’un piéton se blesse dans un nid-de-poule. Nid-de-poule rime avec cols bleus de la Ville de Montréal qui sont très populaires auprès de la faune journalistique. Bien évidemment, le gouvernement Charest n’est pas intervenu, ne voulant pas froisser et contrarier les bons docteurs.
François Legault a au moins eu l’honnêteté de le dire clairement en ces termes : «C’est difficile de négocier avec les médecins. La CSN, c’est de la petite bière à côté des deux fédérations de médecins» (La Presse, 23 février 2011). Si la CSN c’est de la petite bière, la FTQ c’est probablement du Kool Aid? Si c’est difficile de négocier avec les médecins, faut même pas penser négocier avec les pharmaceutiques. Avec elles, faut se soumettre et s’exécuter avec «dignité». Mettre fin au placement médical qui fait que c’est le puissant syndicat des médecins qui dicte de façon outrancière la formation, le nombre de médecins diplômés, qui bloque en toute impunité la venue de médecin étrangers compétents et qui impose ses salaires exorbitants, faut pas y penser. La vraie dictature de Charest, d’Harper et de leurs ministres, c’est de jouer les matamores avec le monde et les travailleurs ordinaires, pas avec les puissants qui nous exploitent mais qui, par contre, financent grassement leurs partis politiques, les font élire et leur octroient une belle job payante après leur service politique. Ils appellent ça le retour d’ascenseur.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.