En matière de criminalité financière, le risque zéro n’existe pas. C’est le constat que fait Michel Picard, universitaire à l’origine du programme de lutte contre la criminalité financière à l’Université de Sherbrooke. Pour expliquer cet état de fait, le spécialiste évoque plusieurs raisons. En premier lieu, il faut savoir que les systèmes économiques ne peuvent se doter de dispositifs de contrôle infaillibles.
Pourquoi? Parce que tout système économique doit respecter deux impératifs : d’un côté, contrôler suffisamment ses activités pour éviter les fraudes; et de l’autre, attirer les investisseurs. Or, des procédures de contrôle trop complexes peuvent décourager ces derniers. «Il y a donc une limite au contrôle que l’on peut imposer, conclut Michel Picard. Les systèmes les plus efficaces arrivent à trouver un équilibre entre productivité et contrôle.»
Les grands marchés boursiers, par exemple, auraient réussi à minimiser les risques de fraude tout en restant intéressants pour les investisseurs. Autre point qui complique la lutte contre la criminalité financière : la coopération internationale en ce domaine est insuffisante. Michel Picard regrette qu’elle se concentre sur la lutte contre les stupéfiants et le crime organisé, alors qu’il y a urgence du côté de la criminalité financière. «Les montants en jeu sont de plus en plus importants, prévient-il, et il en va de la santé économique des pays». L’universitaire se veut pourtant optimiste. «Des pays prennent progressivement conscience du problème, constate-t-il.
La Suisse, par exemple, a fait des efforts sur la question du secret bancaire.» Une évolution qui marquerait le début d’un mouvement plus général? «J’aimerais croire que oui», dit-il. Des efforts peuvent donc être faits pour mettre des bâtons dans les roues des criminels à cravate. Mais, s’il est impossible d’atteindre le risque zéro, c’est aussi et avant tout parce qu’il y aura toujours des individus pour profiter des failles. «Pour quelqu’un qui connaît parfaitement la procédure et la logistique d’un système, il sera toujours possible de passer à travers les mailles du filet, rappelle Michel Picard. On ne peut pas opérer un contrôle total sur l’individu.»
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Autopsie des crimes financiers
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