Montréal

Coronavirus: devrait-on permettre à Montréal d’avoir un budget déficitaire?

masque Valérie Plante

La mairesse de Montréal, Valérie Plante et le directeur national de santé publique, Dr Horacio Arruda.

La Ville de Montréal n’écarte pas la possibilité de demander à Québec une levée de l’obligation de ne pas avoir un budget déficitaire, comme le recommande un rapport sur la relance économique de la métropole.

L’administration municipale a dévoilé mardi un rapport réalisé par un comité d’experts présidé par le titulaire de la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke, Luc Godbout. Ce document de 25 pages dresse un bilan des enjeux qui attendent la métropole pour se relever de la crise du coronavirus. 

Selon une analyse préliminaire de la Ville, la pandémie pourrait lui causer des pertes de revenus pouvant atteindre près de 539 M$. Une situation notamment attribuable à la chute drastique de l’achalandage du transport en commun et par la baisse des revenus fonciers de la Ville.

Budget déficitaire

Dans ce contexte, le rapport recommande que la Ville fasse pression sur Québec afin d’obtenir «la levée temporaire de l’obligation d’équilibrer son budget».

«La situation financière de Montréal, déjà tellement serrée en contexte habituel, subit inévitablement, avec la crise de la COVID-19, une pression additionnelle» peut-on lire. Une telle proposition pourrait permettre d’éviter à la Ville d’avoir à alourdir le fardeau fiscal de ses citoyens à court terme, a évoqué M. Godbout jeudi après-midi. 

«On trouvait que c’était un facteur atténuant important pour faciliter la relance de Montréal», a-t-il dit lors d’une conférence de presse à l’hôtel de ville. 

Questionné sur cette proposition, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a qualifié celle-ci de «très pertinente».

«En ce moment, si les gouvernements ne viennent pas en aide aux municipalités, il me reste deux options. Il me reste à taxer ou à couper dans les services. Ou encore les deux. Donc, d’avoir des économistes qui remettent en question cette obligation [de ne pas avoir un budget déficitaire], ça donne de l’oxygène et ça ouvre le débat», a déclaré Mme Plante.

La mairesse a d’ailleurs souligne que la Ville est «déjà déficitaire» par rapport à son budget 2020 en raison des dépenses qu’elle a dû effectuer dans les dernières semaines pour faire face à la crise sanitaire, notamment pour acquérir du matériel médical et revoir l’aménagement de l’espace public.

Aide au loyer commercial

Les experts proposent d’ailleurs que la levée de cette obligation s’accompagne d’une aide financière de Québec et Ottawa à l’égard de Montréal.

«Nos recommandations vont dans le sens de l’importance d’avoir une relance coordonnée avec les autres paliers de gouvernement», a évoqué Luc Godbout.

Cette aide gouvernementale pourrait notamment aider la Ville à mettre en place un programme d’aide «ponctuelle» au loyer commercial, propose le rapport. 

Déjà, un programme fédéral qui permet de réduire de 75% de loyer des entreprises admissibles. Ce programme fait toutefois l’objet de critiques, car seuls les commerces qui ont vu leurs revenus chuter d’au moins 70% y ont accès.

«Les commerces devront être soutenus», a tranché M. Godbout. Le rapport recommande aussi à la Ville d’envisager la reprise des locaux commerciaux vacants «pour une vocation collective» alors que de nombreux établissements «ne seront pas en mesures d’ouvrir leurs portes après la crise». 

«Pour que la Ville ait les coudées franches et puisse assurer la relance économique de Montréal, ça va prendre de l’aide financière, tant du gouvernement provincial que fédéral.» -Valérie Plante, mairesse de Montréal

Report des taxes foncières

Les experts proposent en outre à la Ville d’analyser la possibilité de prolonger le report des taxes foncières pour les citoyens et les commerces. Elle pourrait aussi offrir «des rabais de taxes municipales à certains secteurs spécifiques au cours de quartiers davantage touchés par la crise».

À la mi-mars, la Ville a reporté du premier juin au 2 juillet cette date limite afin de donner un peu d’oxygène aux Montréalais et aux entreprises de la métropole.

Mardi dernier, toutefois, l’administration municipale a rejeté la demande de l’opposition officielle de reporter au 1er septembre la date limite pour le dernier versement du compte de taxes municipales, arguant des répercussions financières trop importantes.

 

 

 

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