Montréal

Forcée à démissionner pour avoir dénoncé un cas de maltraitance

Cet été, Julie*, 17 ans, a déniché un emploi d’aide-animatrice dans un camp de jour offert par un centre communautaire de l’arrondissement de Saint-Laurent. Un mois après son arrivée, une fillette de six ans lui confie que son père la fouette avec une ceinture. Julie décide d’alerter la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) et en parle à ses supérieurs. Ces derniers lui répondent alors de s’en tenir à son travail d’animation.

«Mon boss m’a dit qu’il n’était pas d’accord que j’aie appelé la DPJ sans lui demander la permission, a raconté Julie. Il m’a aussi précisé que j’aurais dû lui demander son consentement. Il m’a dit que mon travail, c’était seulement d’animer et que je ne devais pas me mêler de la vie des gens.»

Julie a dû choisir entre garder ce secret pour elle ou démissionner. Elle a choisi de quitter. La direction du centre communautaire indique de son côté que la petite fille de six ans vivait seule avec sa mère et que son père était à l’étranger.

Si l’équipe du centre communautaire a blâmé Julie d’avoir appelé la DPJ, c’est que ce n’est pas ainsi que le centre procède dans les cas de maltraitance d’enfants. «On ne travaille pas avec la DPJ, explique le directeur, sous le couvert de l’anonymat.

On travaille avec le CSSS Bordeaux-Cartierville. Si les travailleurs sociaux nous disent que la DPJ doit intervenir, ce sera de leur ressort. Ce sont des spécialistes.»

Le Centre jeunesse de Montréal–Institut universitaire (CJM-IU) réplique pour sa part que s’il y a un doute quant à de mauvais traitements qu’aurait subis un enfant, il faut alerter la DPJ. «Les gens n’osent pas appeler la DPJ parce qu’ils ont peur que l’enfant soit retiré de son milieu familial, indique la porte-parole du CJM-IU, Jocelyne Boudreault. Pourtant, dans la majorité des cas, les enfants ne sont pas retirés de leur milieu. On va plutôt aider les parents à régler leur problème pour ne pas que les enfants soient négligés ou maltraités.»

Le CSSS de Bordeaux-Cartierville n’a pas voulu donner son avis sur l’histoire de Julie pour des questions de confidentialité. Son organisa­teur communautaire, Abdou Lat Fam, a simplement mentionné que dans les cas de maltraitance d’enfants, des travailleurs sociaux effectuent une évaluation et selon les résultats de celle-ci, des services spécialisés sont dispensés aux parents.

L’organisateur communautaire a aussi expliqué qu’il travaille en étroite collaboration avec l’équipe du centre communautaire en question. «[Le quartier] est considéré depuis 2006 comme un coin vulnérable, a-t-il fait savoir. Les gens sont mobilisés pour donner du soutien.» Une panoplie de services – aide alimentaire, aide à l’employabilité, halte-garderie et autres – y sont offerts par le CSSS via une vingtaine d’organismes communautaires tant les problèmes sont criants.

 * Le nom de la jeune fille a été modifié puisqu’elle est mineure. 

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