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Entrevue avec Jean Charest: Mandat stable pour économie instable

Depuis le début de la campagne, Jean Charest est clair. Il souhaite un mandat fort pour passer à travers la crise économique. Disant avoir compris le message que les Québécois lui ont envoyé en 2007 en l’élisant à la tête d’un gouvernement minoritaire, le chef libéral veut être le seul capitaine à bord du bateau.

Vous croyez que les Québécois iront voter le 8 décembre. Sur le terrain, comment mesurez-vous l’engouement?
Le débat des chefs a été beaucoup plus suivi que ce a quoi le consortium s’attendait. Le deuxième indice c’est que le vote par anticipation est très populaire. Les gens perçoivent bien qu’il y a un enjeu économique pour le 8 décembre. La grande question demeure à qui on va faire confiance.

Selon vous, il ne peut y avoir trois paires de main sur le gouvernail pour passer à travers la crise économique. Qu’arrivera-t-il si vous vous retrouvez à nouveau à la tête d’un gouvernement minoritaire?
J’accepterai la décision que les Québécois prendront le 8 décembre. Je vivrai avec.

Va-t-on pouvoir passer à travers la crise?
On passera mieux à travers cette période de tempête économique si on a un gouvernement qui est stable, un gouvernement qui a un mandat économique très clair, avec un plan économique clairement énoncé. Un gouvernement qui a aussi une vision de ce qu’on doit faire après la tempête. En plus, on a un exemple de ce qui arrive quand on mêle instabilité politique et économique. Ça nous donne ce qu’on a à Ottawa.

Vos opposants ont dit que vous aviez appelé à un gouvernement minoritaire à Ottawa, mais que vous demandez un mandat majoritaire à Québec…

Je n’ai pas fait d’appel pour un gouvernement minoritaire à Ottawa pendant la campagne fédérale. Je n’ai appuyé aucun parti. J’ai parlé au nom de tous les Québécois pour défendre les intérêts du Québec. Le choix que les Québécois font à Ottawa, ça regarde les Québécois. Je ne cherche pas à m’immiscer là-dedans. Je cherche à défendre les intérêts des Québécois.

D’un gouvernement plutôt impopulaire lors de votre premier mandat, vous être passé à un gouvernement plutôt populaire alors que vous étiez minoritaire. Vous ne vouliez pas continuer ainsi?
Je tire des leçons de ce que j’ai vécu à la tête d’un gouvernement minoritaire. Quand on a présenté notre budget deux mois après les élections, on a passé proche d’être défait et l’économie allait bien à cette époque. La question qu’on doit me poser, c’est qu’est-ce que je dois faire pour assumer mes responsabilité. Et la réponse est très claire : ça prend un gouvernement de stabilité.

Un gouvernement en temps de crise doit se serrer la ceinture et risque davantage d’être impopulaire peu importe sa couleur politique. Comment un chef de parti voit cette situation?
Je crois que les Québécois s’adressaient à moi en 2007 quand ils ont choisi un gouvernement minoritaire pour me dire qu’il fallait que j’explique davantage les décisions du gouvernement. C’est ce qu’on doit faire également en période de tempête économique. Il faut être à l’écoute et travailler en partenariat avec les gens. C’est ce que j’ai l’intention de faire.

Comment allez-vous travailler avec le gouvernement à Ottawa?
Je suis le seul des trois chefs à avoir les mains libres. Madame Marois est liée au mouvement souverainiste. Monsieur Dumont a appuyé les conservateurs. Le seul intérêt que moi je défends c’est l’intérêt des Québécois. Ce que je demande, c’est une rencontre de travail des premiers ministres sur l’économie. Ça fait 20 ans qu’on n’a pas eu ça au Canada. C’est ce que je demanderai peu importe qui est dans le fauteuil de premier ministre.

Concrètement, que voulez-vous demander à Ottawa?
Nous avons déjà demandé un accroissement des investissements pour les infrastructures, un appui supplémentaire aux secteurs forestier et manufacturier, l’augmentation des fonds disponibles à la Banque de développement du Canada, la poursuite d’un accord trans-atlantique avec l’Union européenne. Nous croyons qu’on doit conclure une entente avec le gouvernement fédéral dans le domaine de la culture. Une entente administrative, pas constitutionnelle.

Vos adversaires croient que vous êtes allé en élections aussi rapidement parce que vous aviez des choses à cacher. Que leur répondez-vous?
L’enjeu demeure le même. À qui va-t-on faire confiance pour gérer l’économie du Québec? Sur la Caisse de dépôt et placement, les réponses sont très documentées. Tous les experts sont unanimes pour dire que nous avons raison et que Mario Dumont et Pauline Marois sont à peu près les seuls à demander ce qu’ils demandent. Mario Dumont est allé affirmer une chose fausse aux personnes âgées quand il a dit que leurs pensions étaient menacées. Personnellement je trouve ça triste qu’il ait exploité l’insécurité de nos parents et de nos grands-parents.

Vous avez beaucoup parlé du bilan péquiste. Vous avez la chance de parler du vôtre. De quoi êtes vous le plus fier depuis votre arrivée à la tête du Québec?
D’avoir remis de l’ordre dans les finances publiques du Québec. On a mis fin au gaspillage des fonds publics que nous avait laissé le Parti québécois.

De quoi êtes vous le moins fier ou que regrettez-vous?
Dans le dossier du mont Orford, je ferais les choses différemment. L’approche que j’ai choisie n’était pas la bonne, je le reconnaît.

Montréal est en chantier, a perdu son Grand Prix. Que proposez-vous concrètement pour remettre la ville sur pied?
On a proposé d’augmenter de 230 le nombre de départs sur les trains de banlieue et d’augmenter sensiblement les investissements dans le transport en commun. On veut augmenter aussi de 10 000 le nombre de stationnements incitatifs. Un autre projet important pour Montréal, c’est la création d’un bureau de recrutement des étudiants étrangers. Ça va nous permettre d’attirer dans nos universités et nos collèges des étudiants pour venir vivre et travailler à Montréal. Ceux qui seront diplômés pourront recevoir un certificat qui leur reconnaît le droit de s’installer au Québec.

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