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L'industrie du recyclage: Le calme après la tempête

Raphaël Bouvier-Auclair - Métro

Il y a deux ans, une bourrasque a fait chuter radicalement le prix des matières recyclées. De 120 $, la tonne de papier recyclé est passée à 10 $. Aujourd’hui, la poussière est retombée, et les centres de tri n’ont plus de difficulté à écouler leurs stocks. C’est le calme après la tempête, mais l’industrie n’est pas à l’abri d’un autre coup de vent qui ferait s’écrouler le prix du papier et du carton de seconde main.

Benoît Lamontagne, de l’entreprise Matrec, qui se spécialise notamment dans le tri des matiè­res recyclées, se souvient de cette époque. Si la valeur du papier et du carton recyclables s’est écroulée au vent entre 2008 et 2009, les stocks, eux, se sont accumulés au sol. Tellement, que Matrec a été obligée de louer un local pour entreposer ses marchandises en surplus. «En plus de subir l’effondrement des prix, nous avons vu nos coûts de production augmenter, se rappelle M. Lamontagne. Nous avons été contraints de payer le local qui entreposait les matières excédentaires et d’assurer le transport du centre de tri vers l’entrepôt, puis de l’entrepôt vers le centre de tri lorsque les choses ont commencé à mieux aller.»

Aujour­d’hui, le centre de tri de Matrec fonction­ne à plein régime, mais l’industrie du bac vert demeure soumise aux lois du marché, souligne M. Lamontagne. L’industrie du tri n’est pas homogène au Québec. «Certains centres de tri sont communautaires, alors que d’autres appartiennent à des entreprises privées», précise Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets (FCQGED). Les organismes ou les entreprises qui se chargent de donner une seconde vie aux matières recyclées sont en fait des courtiers de revente. Dans plusieurs cas, ils se chargent de la collecte, puis du tri des déchets, et vendent le produit à des entreprises qui réutiliseront les matières premières.

Si certains ont comme principaux clients des entreprises canadiennes, d’autres font affaire avec des acteurs internationaux, notamment chinois. Les matières recyclées étaient très populaires dans l’emballage de produits d’exportation chinois. Or, en 2008, la Chine a diminué ses activités commerciales, et une partie importante de l’industrie québécoise du recyclage en a souffert. Cette situation expli­que donc, selon Karel Ménard, pourquoi «les entreprises faisant affaire avec des acteurs québécois» sont mieux sorties du maras­me économique.

Benoît Lamontagne, de Matrec, estime aussi que la diversification des activités économiques a été au cÅ“ur de la survie de son entreprise. «Matrec ne fait pas que du tri. Ses autres activités lui ont permis de pallier les pertes liées à la chute de la valeur du papier recyclé, affirme-t-il. Les entreprises uniquement spécialisées dans le tri ont eu beaucoup plus de difficulté.» Selon le directeur du FCQGED, la crise «a été passagère», mais l’organisme ne se gêne pas pour faire des recommandations afin que les centres de tri évitent de voir à nouveau s’empiler les matières recyclées.

Parmi celles-ci, la FCQGED propose la création d’une Agence de commercialisation des matières recyclables qui aurait notamment comme objectif de certifier la qualité des matières recyclées et de garantir un prix minimum, c’est-à-dire d’offrir une compensation financière aux centres de tri lorsque, comme il y a deux ans, les prix associés à la vente du papier recyclé sont… déchiquetés.

Matières recyclables
«Pourquoi nous en jetterions?» Benoît Lamontagne, de Matrec, estime que les entreprises spécialisées dans le tri sont victimes du mythe selon lequelle elles jettent énormément de matières recyclables. Il affirme que cette rumeur est fausse et illogique. «Nous avons de l’argent à faire avec la revente des matières recyclées, je ne vois pas pourquoi nous en jetterions», déclare-t-il. Il est vrai que les centres de tri n’ont pas la capacité de redonner vie à tout ce qui parvient entre leurs murs, mais la proportion de papier et de carton qui est mise de côté n’est pas considérable dans les centres de tri. Elle se chiffre à 10 %, selon M. Lamontagne.

Coup de pouce
Au moment où la crise battait son plein, en janvier 2009, Québec a annoncé des mesures pour venir en aide à l’industrie. Une de ces mesures imposait aux ministères et aux organismes publics de commander 80 % de papiers fins recyclés. 

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