Courts Critiques est de retour pour une 16e édition. Créés en 2013, ces événements rassemblant projections de films engagés, débats et performances artistiques continuent à attirer le public, des simples curieux aux plus militants.
Les films projetés par Courts Critiques se suivent et ne se ressemblent pas. Guidée par l’actualité et les aspirations des cinéastes, chaque édition reflète la tendance politique et militante du moment. Les thématiques sont variées, mais toujours actuelles: lutte aux changements climatiques, enjeux autochtones, réfugiés, conflit syrien.
C’est dans le tumulte du printemps Érable qu’a éclos l’idée qui fera naître Courts Critiques. «En 2012, il y avait beaucoup de vidéastes dans les rues de Montréal qui filmaient les manifs; j’en faisais partie», se souvient le créateur de l’événement, Michael Fortin.
Les vidéastes se croisent alors aux manifestations, discutent et tissent des liens. Ils partagent aussi les moments de tensions face à la police, aux arrestations et à la violence. L’idée de se rassembler pour projeter leurs vidéos fait tranquillement son chemin, jusqu’à ce que Michael Fortin ait l’occasion de diffuser un de ses films au Centre Phi. Il rassemble alors d’autres cinéastes et projette ainsi plusieurs films. Courts Critiques était né.
L’édition de demain sera articulée autour de la notion d’engagement, alors que les causes ne manquent pas, mais que les manières de militer changent, parfois au détriment de l’ampleur que peuvent prendre les mobilisations.
«Il y a une réflexion sur ce que nous sommes comme personnes et sur notre engagement en tant que citoyens, comment on peut participer aux événements, quelles sont les différentes sortes d’engagement aussi», énumère-t-il.
En tête d’affiche, le plus récent film de Mario Jean, alias MADOC, Zone de libre expression, au sujet des manifestations en marge du G7 à La Malbaie en juin dernier. Des manifestations qui n’ont rassemblé que peu de personnes, à cause, dit le réalisateur, d’un déploiement sécuritaire de grande ampleur, qui a pu en décourager certains.
«Le dispositif de sécurité, ç’a beaucoup démobilisé. Si on s’en était rendu compte sur place, ça aurait été une chose, mais ç’a été précédé d’une longue campagne de peur dans les médias, où on annonçait jour après jour que ça allait être la guerre, qu’il y avait des milliers de manifestants qui allaient tout casser», explique le réalisateur à Métro.
Issu de la génération de vidéastes qui ont émergé lors du printemps 2012, MADOC a continué depuis à couvrir les manifestations au Québec. Le G7, dit-il, c’est l’apogée sécuritaire des dernières années.
La brutalité policière, Mario Jean la connaît bien, lui qui couvre presque toutes les manifestations depuis 2012. Si la police est devenue moins répressive par la suite, le vidéaste affirme qu’actuellement, «on est dans une illusion du droit de manifester». Les gens peuvent le faire, poursuit-il, mais «dans un périmètre contrôlé. Plus il y a de sécurité, plus elle étouffe [les manifestants], moins il y a de liberté de manifester.»
C’est ce décalage entre la mobilisation plutôt faible et l’important dispositif de sécurité mis en place à La Malbaie qu’a voulu montrer le réalisateur, espérant que ses images pourront avoir un impact sur ceux qui n’étaient pas là. «Il n’y avait aucun équilibre entre liberté et sécurité; c’était à 100% dans la sécurité», ajoute-t-il.
Michael Fortin voit son projet continuer de prospérer aussi longtemps que des réalisateurs engagés produiront des films sur les grands enjeux contemporains. En attendant, ces événements se font sur le temps libre des organisateurs, qui jonglent entre leurs emplois et la gestion bénévole de ce projet. Au-delà des projections, Courts Critiques a aussi développé une plateforme en ligne, «un petit Netflix du court métrage indépendant», souligne M Fortin, qui souhaiterait pouvoir bientôt développer la production de films à l’interne.
