La question de la souveraineté a disparu des débats public et politiques ces dernières années, et les réalisateurs Roger Boire et Jean-Pierre Roy ont décidé de la ramener sur le tapis en sortant le documentaire Questions nationales.
C’est d’un point de vue non partisan que les deux cinéastes ont décidé d’aborder l’épineuse question, en faisant des parallèles avec deux nations «sans pays» tiraillées par leur rêve d’indépendance, l’Écosse et la Catalogne.
«Nous avons approché le sujet comme si nous étions des cinéastes finlandais qui débarquaient au Québec et qui voulaient voir les deux côtés de la médaille d’un point de vue sociologique, raconte Jean-Pierre Roy. Nous avons mis de côté nos allégeances politiques et personnelles. Nous nous sommes dit qu’en tant que documentaristes, nous allions prendre une distance nécessaire pour que les gens puissent juger eux-mêmes de la raison pourquoi le Québec hésite tant à faire la souveraineté.»
Questions nationales a été tourné en 2007 et en 2008, plus particulièrement pendant les campagnes électorales québécoise et écossaise. Plusieurs acteurs de la scène politique d’ici y exposent leur point de vue. Bernard Landry, Gilles Duceppe, Jonathan Valois, Louis Bernard, Stéphane Dion participent au film, de même que des historiens et des professeurs de sciences politiques.
Effets de miroir
Pour ce qui est de l’Écosse et de la Catalogne, Roger Boire et son collègue sont allés à la rencontre d’intervenants majeurs dans le débat entourant la question nationale, dans le but de créer des effets de miroir avec la situation québécoise.
«Nous voulions aller voir ailleurs, parce que, quand nous restons à l’interne, nous avons l’impression que les Québécois sont névrosés : ils ont répondu non deux fois au référendum, mais en même temps, ils placent le Bloc québécois à Ottawa. C’est un peu étrange! note le cinéaste. C’est comme si nous étions hésitants, incapables de faire le grand saut. Mais en allant voir ailleurs, on constate que ce n’est pas simple de briser un pays.»
Questions nationales montre qu’à l’instar de certains Québécois qui ne sont pas prêts à abandonner leur nationalité canadienne, certains Écossais ne souhaitent pas se détacher de l’emprise britannique.
«En Écosse, ce qui fait hésiter les gens à devenir souverains, c’est également l’insécurité économique, souligne le réalisateur. Cette transition économique, politique et juridique, comment se ferait-elle?»
Ce sont justement des questions qui restent aussi sans réponse de ce côté-ci de l’Atlantique.
«Au Québec, il y a eu des études qui ont dit qu’il y aurait quelques années de négociations et, après, des changements de structures économiques et légales, mais tout cela, ça reste des discutions d’avocats et de comptables, observe Jean-Pierre Roy. Et quand, il y a quelques années, Pauline Marois a dit qu’il y aurait cinq ans de turbulences à la suite de la souveraineté, il y a eu des mécontents au sein du Parti québécois, parce que ça a fait peur aux gens.»
Dans Questions nationales, les Catalans semblent être les plus fervents à l’égard de la souveraineté.
«Ils sont davantage en mode survie, explique le documentariste. L’immigration importante en Catalogne met en péril la langue et la culture. C’est aussi un effet de miroir pour nous Québécois. Cependant, les Catalans sont très forts
économiquement dans l’ensemble espagnol.»
Exposant plusieurs faits et posant beaucoup de questions, le film de Roger Boire et Jean-Pierre Roy se termine en laissant le soin aux spectateurs de poursuivre la réflexion quant à savoir si la souveraineté a encore sa raison d’être dans la Belle Province.
«Jacques Parizeau disait au printemps qu’il faudrait une crise pour faire la
souveraineté, rapporte Roy. C’est une façon de voir les choses. Gilles Duceppe, lui, dit dans le film que, si on ne fait rien pour la langue, on va être s’assimilé. C’est à suivre…»
Questions nationales
Au Cinéma de l’ONF
Du 17 au 22 septembre