La majorité des gens s’attendent, en regardant un documentaire, à voir quelque chose de dramatique et de rude. Mais on n’est loin de tout ça dans le documentaire de Carl Leblanc, Le cÅ“ur d’Auschwitz, qui est présenté dans le cadre du festival du Nouveau Cinéma. Ce long métrage documentaire est le récit d’une quête inspirée par un objet exposé au Centre commémoratif de l’Holocauste de Montréal, où tout rappelle l’inhumanité. «C’est un documentaire qui parle de bonnes choses», lance le réalisateur Carl Leblanc. Cet objet évoque l’amour : il s’agit d’un livre pas plus grand qu’un papillon en forme de cÅ“ur. À l’intérieur, une dizaine de pages pliées comme des origamis où des mots sont écrits à une dénommée Fania. Le cadeau a été offert le 12 décembre 1944, et Fania fêtait alors à Auschwitz ses 20 ans.
Après une aventure de trois ans, dont deux de recherches au Canada, en Israël et en Pologne, pour retrouver les signataires du carnet et tenter de comprendre, Carl Leblanc a produit une Å“uvre remplie d’émotions qui remonte le temps et traverse un océan pour nous replonger au cÅ“ur de la souffrance des internées des camps de concentration. En 1998, dans ses fonctions de journaliste, Carl Leblanc enquête sur un criminel de guerre vivant à Montréal et faisant face à l’extradition. «Dans le cadre d’un topo, je suis allé au Musée de l’Holocauste, et alors que j’attendais le directeur du musée, je suis tombé devant la vitrine où il y avait ce petit carnet en forme de cÅ“ur, raconte M. Leblanc. J’ai été ému.»
Il est difficile pour chacun d’entre nous de s’imaginer ce qu’a été la survie dans un camp de concentration, mais c’est encore plus difficile d’imaginer qu’on puisse risquer sa vie pour du papier, quand on sait que certains ont été abattus pour un morceau de pain. «Pour moi, ce cÅ“ur est vraiment une pulsion de dignité humaine. Dans le contexte terrible qui est le leur, il s’agit d’un délit d’humanité. Elles ont un numéro tatoué sur le bras et par le biais de ce carnet et des mots qu’il contient elles se rebellent. C’est une sorte de défaite du nazime», suggère le réalisateur.
Bâti comme une fiction, le contenu du CÅ“ur d’Auschwitz n’en reste pas moins des plus réels. «Mon but était que le public embarque, comme dans une fiction, en voyant le documentaire», confie le réalisateur.
Le cÅ“ur d’Auschwitz
Dimanche à 19 h
Salle Fellini à l’Ex-Centris
Dès le 12 novembre
Cinéma du Parc