Culture

Que reste-t-il de Malajube?

Il y a 10 ans, en avril 2011, paraissait La caverne, quatrième et ultime album de Malajube. Alors qu’on célèbre également cette année les 15 ans du mythique long jeu Trompe l’œil, Métro revient sur l’impact qu’a eu l’hétéroclite quatuor pop-rock sur la scène musicale québécoise.

Mais d’abord, un bref retour dans le temps s’impose. Le son singulier et rafraîchissant de Malajube a marqué la décennie 2000 au Québec. À l’époque, leur musique audacieuse et accrocheuse ne ressemblait à rien d’autre, ce qui leur a valu un succès international.

Il faut dire que la scène indie-rock montréalaise avait le vent dans les voiles, portée par Arcade Fire, Wolf Parade et The Unicorns, pour ne nommer qu’eux. Mais le groupe formé de Julien Mineau, Francis Mineau, Thomas Augustin et Mathieu Cournoyer reste à ce jour un des seuls à avoir percé le marché anglophone en chantant en français.

En plus d’avoir tourné en Amérique du Nord et en Europe, Malajube a retenu l’attention du réputé site musical Pitchfork. La représentante de Métro se souvient par ailleurs avoir entendu plus d’une fois le succès Montréal -40°C sur les ondes radio d’Australie en 2007.

Après avoir clôturé les Francos de Montréal en 2012, les membres de Malajube ont pris une pause pour se consacrer à d’autres projets, comme Jacquemort, Oothèque et Fontarabie. «Je vois quand même ce concert comme une conclusion. […] Ça boucle une boucle, comme on dit», avait alors déclaré le claviériste Thomas Augustin en entrevue à Métro.

Tout porte à croire que cette pause est définitive. Les quatre musiciens font toujours carrière , mais au sein d’autres groupes ou encore à titre de compositeurs ou réalisateurs.

Un son unique

Dans une pop tout sauf conventionnelle, Malajube a amalgamé des influences hyper variées allant du prog au métal en passant par le rock psychédélique. «C’est assez champ gauche et ça ratisse très large. C’est vraiment bigarré», soutient Benoit Poirier, directeur musical de CISM.

Cette singularité expliquerait pourquoi il est si difficile de nommer des héritiers de Malajube parmi la nouvelle génération d’artistes. On a souvent comparé la défunte formation Zen Bamboo au groupe formé à Sorel-Tracy. Pas surprenant, puisque leur seul album, GLU, a été réalisé par Julien Mineau.

Le mois dernier est sorti Cantalou, premier disque de Thierry Larose. Plusieurs journalistes (y compris l’autrice de ces lignes) ont établi un parallèle entre l’énergie grandiose de Malajube et le «penchant pour le grandiose» du jeune chanteur, qu’il relate sur l’électrisant titre Club vidéo.

Benoit Poirier émet aussi cette comparaison en entrevue. «On sent une influence nette dans quelques pièces de son album, des sonorités qui évoquent Trompe l’œil, et je trouve ça cool», dit-il.

«Il y a pire comme comparaison!» réagit en riant l’auteur-compositeur-interprète de 23 ans lorsqu’on lui fait part de cette observation.

Thierry Larose avait 13 ans lorsque La caverne est sorti. «Je pense que j’avais un amour très adolescent pour le groupe, avance-t-il. Ça s’entend justement dans mon disque, car j’ai voulu rendre hommage à tout ce que j’ai aimé quand j’étais ado pour sortir ça du chemin.»

Pour établir l’ordre des chansons de Cantalou, il dit s’être inspiré directement de Trompe l’œil. «Sur cet album, toutes les tounes fortes sont sur la face A et la face B est un peu plus expérimentale, un peu plus diffuse. J’aimais ça et j’ai voulu le faire aussi.»

«Esthétique malajubienne»

Si la musique de Malajube est «assez peu imitable», comme le soutient Benoit Poirier, c’est notamment parce que le groupe a toujours été à part sur la scène musicale québécoise. Thierry Larose parle carrément d’une «esthétique malajubienne».

«Dans leur musique, on n’entendait pas les paroles, le mix était flat, il n’y avait pas de basse… Ça, esthétiquement, ça leur appartenait. C’est ce qui les distingue le plus, selon moi.» -Thierry Larose

Difficile de parler de l’impact de Malajube sans mentionner un autre groupe rock qui a marqué la même décennie : Karkwa, mené par Louis-Jean Cormier.

Les nouveaux artistes qui gravitent dans cet univers musical sont souvent comparés à ces deux incontournables références. Même s’il reconnait qu’il s’agit de «la béquille des journalistes musicaux au Québec», Benoit Poirier ne peut s’empêcher d’établir lui aussi un parallèle entre l’impact des deux formations.

«L’héritage de Malajube est beaucoup moins large que celui de Karkwa, soutient-il. C’est un peu plus dur de se réclamer de Malajube, car c’est plus niché. C’est vraiment un produit de son époque.»

Par contre, leur succès international a encouragé de jeunes artistes à faire carrière en français, poursuit-il. «C’est leur héritage principal.»

Thierry Larose trouve réducteur que les jeunes musiciens pop-rock soient souvent comparés à ces deux groupes. «Personnellement, j’écoutais plus La patère rose, Tricot Machine et d’autres bands du même label [Dare to Care]», dit-il, avant de nuancer ses propos : «En même temps, c’est inévitable, ils ont eu un si gros succès…»

Si Karkwa a fait quelques apparitions ces dernières années, on peut mettre une croix sur l’espoir de revoir Malajube sur scène, croient Benoit Poirier et Thierry Larose.

«Les gars sont rendus ailleurs complètement. J’ai rencontré Francis Mineau récemment, et on sent qu’il ne regarde pas en arrière», soutient le jeune musicien. Le directeur musical de CISM, qui est aussi dans le groupe Jesuslesfilles avec Thomas Augustin, abonde dans le même sens. «Je suis pas mal convaincu que c’est fini pour de bon», dit-il.

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