Culture

La distanciation version Denis Côté avec «Hygiène sociale»

Hygiène sociale

Maxim Gaudette et Kathleen Fortin dans «Hygiène sociale» de Denis Côté

Denis Côté s’essaie à l’absurde avec Hygiène sociale, une comédie aussi extravagante que convaincante. Le cinéaste y a dirigé une poignée d’acteurs quelque part dans la campagne verdoyante québécoise.

«J’ai l’impression d’une parenthèse enchantée». Dans Hygiène sociale, qui détonne dans sa filmographie, Denis Côté s’est donné pour mandat de nous faire rire. Allègrement.

Reconnu pour le côté expérimental de son cinéma – le long métrage a d’ailleurs reçu le prix de la Meilleure Réalisation dans la section Encounters de la Berlinale cette année – il nous emmène cette fois à la rencontre d’Antonin, mi-dandy, mi-escroc, aussi immature qu’hédoniste et romantique, et surtout, qu’on adore détester. Formidablement incarné par Maxim Gaudette (Polytechnique, Incendies), celui-ci se prête volontiers aux joutes oratoires venues d’un autre siècle, alors qu’il se voit acculer par cinq femmes.

Rire encore et toujours

«Antonin est un punching bag. J’aime voir ces femmes essayer de le remettre à sa place avec subtilité. Le cynisme comme mécanique de défense, c’est très drôle! En général, je n’aime pas les films et les histoires cyniques, mais quand tu es retranché comme Antonin et tu y as recours, ça me fait rire», raconte Denis Côté avec, on le sent, beaucoup d’affection pour son Hygiène sociale dans la voix et le regard.

Avec entrain, il poursuit: «On a l’impression qu’il vit dans une chanson de Gainsbourg. Il ne fout rien, il est fainéant, mais il a le mot, les formules, pour tout. Il est au courant de toutes ses failles. J’aime l’idée d’un homme-enfant qui a de la misère à devenir adulte et qui fait attendre les femmes. À la fois menteur, crâneur et brillant, il n’en demeure pas moins sympathique car je m’assure toujours d’un minimum d’humanité chez mes personnages lorsque j’écris.» Et Denis Côté s’en réjouit, «avec un gars comme ça, tu peux tout te permettre».

Pensé il y a cinq ans à Sarajevo et éclairé par des lectures de l’écrivain suisse Robert Walser, le scénario d’Hygiène sociale a été rédigé pour le plaisir des dialogues et des monologues. Un peu à la manière théâtrale. «Ce sont des déclamations qui ne se prennent pas au sérieux. C’est aussi anachronique avec allusions à Facebook, Antonin qui se met à sacrer et des costumes qui ne sont d’aucune époque. Jouer avec les genres, c’est juste drôle», ajoute Denis Côté.

Hygiène de la distanciation sociale

Comme tout cinéphile qui se respecte, il avoue entretenir «une relation amour-haine avec le théâtre qui ne va pas toujours avec le 7e art». C’est alors que Denis Côté émet le souhait de montrer les protagonistes «partout sauf dans les cuisines, les salons, et les chambres à coucher». Il fallait donc «s’assurer de ne pas filmer ces dialogues-là, qui sont plutôt intimes, d’une manière télévisuelle».

«Hygiène sociale n’a rien à voir avec la pandémie. Ça devenait simplement un objet faisable sans argent et avec distanciation.» – Denis Côté

Puisque le tournage a eu lieu en pleine distanciation sociale, à l’été 2020, la nature lui a paru le meilleur endroit pour présenter des comédiens séparés à l’écran par le désormais célèbre «deux mètres». «J’augmentais toujours le coefficient d’absurdité qui était de moins en moins théâtral, à mon avis, même s’il finit par nous rattraper quand même», précise-t-il.

«En cinq jours c’était tourné, en cinq jours c’était monté». À quelques jours de la sortie en salle d’Hygiène sociale et après une production éclair, Denis Côté avoue cependant avoir eu du mal à se l’approprier, peut-être pour mieux nous l’offrir.

Mais en fait, une hygiène sociale, qu’est-ce que c’est? «Une propreté en communauté? Comment garder son image, sa réputation, intacte?» s’interroge encore le réalisateur, amusé.

Hygiène sociale prendra l’affiche vendredi 14 mai

Articles récents du même sujet

Exit mobile version