Des spectacles où le public a un rôle à jouer, où on lui demande sa participation au-delà de l’écoute traditionnelle : voilà ce qui est au cœur de cette septième édition du Festival TransAmériques.
De l’avis de Martin Faucher, conseiller artistique à la programmation du Festival TransAmériques (FTA), le public montréalais est curieux. «Plus ça va, et plus l’intérêt des spectateurs se diversifie, croit-il. Le public est beaucoup plus ouvert à sortir de sa zone de confort, à voir des choses qui risquent de le surprendre, de le décontenancer, de l’interpeller, de l’interroger.»
C’est pile ce que propose le FTA avec ses 19 spectacles en salle, comme Beauty Remained…, de Robyn Orlin – un spectacle de danse qui commence dans la salle et dans lequel les spectateurs sont appelés à poser des gestes bien précis à l’égard des danseurs. Il y a aussi Un ennemi du peuple de Thomas Ostermeier, dont une séquence demande que les gens se prononcent sur les valeurs que véhiculent les personnages, ou encore What We Are Saying, de Ame Henderson, où tout le monde ensemble doit se demander «Qu’est-ce qu’on aurait à dire maintenant, d’une façon commune?» Bref, c’est vers du théâtre et de la danse décloisonnés que se sont orientés les choix des programmateurs. «Quand on part à l’aventure, on n’a pas d’idée précise, on va voir des choses qui nous interpellent, et au fur et à mesure que ça avance, on constate ce qui se dégage, fait remarquer Martin Faucher. Cette année, par exemple, les questions économiques sont très importantes; il y a plusieurs spectacles où l’argent – qui mène le monde, pour l’instant du moins – est au cœur du propos.»
Comme chaque année, l’équipe du FTA a voyagé un peu partout pour recruter des artistes encore méconnus ici (mais qui devraient l’être beaucoup moins après le festival, croit Martin Faucher) et a aussi fait appel à de grands noms d’ici : Frédérick Gravel (Ainsi parlait…), Louise Lecavalier (So Blue), Marie Chouinard (In Museum)… «Nous, on s’intéresse aux artistes dans la durée, explique Martin Faucher. C’est une relation de fidélité, de confiance qui s’établit au fil des ans, et donc, quand ces artistes-là ont des projets en chantier, c’est sûr qu’on s’y intéresse.»
Quelque chose dont Martin Faucher est particulièrement fier? «Les spectacles auxquels le FTA s’associe à titre de co-producteur, comme Nella Tempesta, de la compagnie Motus, qui va être en première mondiale à Montréal après neuf mois d’étapes de création un peu partout en Europe, répond-il. Ça rend fier de prendre part à la mise au monde de ce genre d’aventure théâtrale. Mais on est fiers du festival dans son ensemble, parce que c’est la juxtaposition des spectacles qui lui donne sa couleur.»
Suggestions
Chacun peut trouver son compte au FTA, croit Martin Faucher. Voici deux de ses suggestions.
- Pour quelqu’un qui veut s’initier au FTA. «La grande et fabuleuse histoire du commerce, de Joël Pommerat, est une histoire très bien construite qui peut se suivre du début à la fin sans problème. Il y a aussi Birds with Skymirrors, de Lemi Ponifasio, un spectacle de danse qui est aussi une espèce de sculpture vivante. Et un spectacle comme So Blue, de Louise Lecavalier, est une bonne façon de s’initier à la danse contemporaine.»
- Pour un spectateur aguerri qui veut être déstabilisé. «Conte d’amour, de Marcus Ôhrn : un spectacle qui dure trois heures et qui met en relation la scène, la salle et la vidéo en direct, sur une histoire un peu sordide au sujet de l’emprise amoureuse. Troublant et dérangeant. Il y a aussi la proposition très inusitée de Xavier Le Roy, qui réinterprète Le sacre du printemps de Stravinsky. Sinon, Levée des conflits, de Boris Charmatz, est un spectacle de danse présenté dans un format très inhabituel.»
Festival TransAmériques
Du 22 mai au 8 juin
fta.qc.ca
