Le visage des travailleurs de l’ombre se féminise dans les coulisses du monde du spectacle.
Alors que les métiers de la production étaient traditionnellement masculins, les femmes sont maintenant aussi nombreuses, voire plus nombreuses, que les hommes à suivre le programme de production de l’École nationale de théâtre (ENT).
«Il y a 20 ans, le technicien type était un homme avec sa poche d’outils autour de la taille, se souvient Louise Roussel, directrice du programme de Production de l’ENT, qui roule sa bosse dans le milieu depuis plusieurs années – elle est aussi à ses heures directrice de production et de tournée pour Ex Machina.
Mais depuis une dizaine d’années, beaucoup de filles exercent ce métier et plusieurs occupent même des postes de direction.»
Autre preuve de ce changement de cap, Louise Roussel est la première femme à diriger le programme depuis la création de l’école, il y a 55 ans.
Sur les 25 étudiants actuellement inscrits au programme de Production de l’ENT, 17 sont des filles. L’établissement espère même rééquilibrer les forces l’an prochain. «Cette plus grande présence des femmes est le reflet de ce qui se passe de façon globale dans notre société. Cela témoigne aussi du fait que nous recherchons, à l’ENT, des gens qui aiment le travail collaboratif et d’équipe, des aspects souvent appréciés des femmes», souligne Mme Roussel.
Taux de placement de 100 %
Après trois ans de formation mêlant dès la première année théorie et pratique, huit finissants quittent ce programme chaque année avec en poche un diplôme équivalent au DEC, reconnu dans le milieu. Ils sont concepteurs d’éclairage, concepteurs vidéos, concepteurs sonores, régisseurs, régisseurs de plateau, assistants à la mise en scène, directeurs techniques ou encore directeurs de production.
Et ces finissants ne connaissent pas la précarité d’emploi souvent associée au théâtre. La totalité des finissants du programme sont embauchés aussitôt leur formation terminée. «Ils sont souvent pigistes ou contractuels, mais ils travaillent, affirme Louise Roussel. Les gens qui œuvrent autour de la scène ont des métiers moins précaires que ceux qui montent sur les planches.»
Le programme de formation étant très contingenté, les finissants ne sont pas en surnombre sur le marché du travail par rapport aux nombreux besoins. «Pour un seul acteur sur scène, on a besoin de sept ou huit personnes dans l’ombre», rappelle la directrice du programme.
Du talent qui s’exporte
L’expertise québécoise en production est-elle convoitée à l’étranger? «Oh oui, absolument!» répond d’emblée Louise Roussel. Elle énumère rapidement quelques anciens diplômés de l’École nationale de théâtre qui ont du succès hors frontières, dont Wajdi Mouawad et Christian Lapointe. En production à proprement parler, Éric Gautron est un bel exemple de succès, dit-elle, lui qui vient de plier bagages avec femme et enfants pour devenir directeur technique du Glyndebourne Festival, un festival d’opéra très important en Angleterre.
