El Hadj Ali Mago a sa propre définition du bonheur : voir sa famille, sa tribu et son bétail prospérer sans que lui et les siens soient forcés de se déplacer d’un lieu à un autre pour trouver suffisamment de pâturage pour leurs bêtes. Cette année, ses chances de bonheur sont minces. Ici, à la lisière nigérienne du désert du Sahara, la saison des pluies a pris fin il y a quelques semaines. De nouvelles herÂbes, vertes et hautes, devraient être visibles, et le bétail, qui constitue ici le fondement de la prospérité et la condition de base de la santé, devrait pouvoir profiter des meilleures conditions.
Mais la végétation est rare. Seules quelques touffes d’une herbe rase et jaunie poussent dans le sable. Les pluies n’ont pas été au rendez-vous cette année. Et on commence à voir les côtes des vaches. Dans peu de temps, elles ne pourront plus fournir à la tribu d’El Hadj Ali Mago le lait qui a permis aux habitants de Nguel Hanagambjo, son petit village, d’être bien portants. «Nous devrons sans doute nous déplacer, du moins certains d’entre nous auront à le faire. Et je devrai vendre quelques vaches pour que nous puissions acheter du millet pour nous et du fourrage pour les autres bêtes, expliÂque-t-il. Mais les récoltes ont été mauvaises, et j’ai bien peur que le millet ne soit très cher, et que nous soyons obligés d’aller le chercher très loin.»
De vastes terres menacées
De vastes portions du Sahel, la région semi-aride qui s’étend tout juste au sud du Sahara, sont menacées cette année, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).La sécheresse et la famine sont des épreuves qu’Ali Mago et les habitants du Niger connaissent bien. Pourtant, certaines choses ont changé depuis quelques années. «Autrefois, il y avait une grave sécheresse tous les cinq ou dix ans dans la région. Depuis un certain temps, la fréquence a augmenté, et on compte maintenant à peine trois ans entre les sécheresses dans certains secteurs. La population n’a pas le temps de s’en remettre», expose le consultant en matière climatique Awaiss Yahaya, de l’ONG Care Niger.
Le temps des récoltes révolu
Ali Mago se rappelle aussi le temps où sa tribu réussissait à faire pousser du maïs, des pois, des doliques et du millet à Nguel Hanagambjo. AuÂjourd’hui, le sol est trop sec, même pour le millet. La tribu dispose d’un puits moderne et en bon état, mais celui-ci ne suffit pas à irriguer les alentours et à faire pousser l’herbe dont le bétail a tant besoin. «Avant, au cours de la saison des pluies, nous pouvions compter sur une dizaine de bonnes périodes d’averses. Nous n’en avons plus que trois», regrette-t-il.
De nombreux Nigériens sont déjà obligés de quitter la localité où ils vivent pour aller chercher ailleurs des herbages ou des terres plus fertiles. Malheureusement, bien souvent, ils ne trouvent rien. Certains décident donc d’aller s’installer à l’étranger et partent, notamment, pour le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Nigeria et le Ghana. Les migrations étaient auparavant saisonnières et rarement motivées par une telle urgence. Mais aujourd’hui, un nombre croissant de personnes adoptent un mode de vie sédentaire et tendent à s’installer quelque part de façon permanente. Le problème est que les ressources diminuent, ce qui accroît la pression sur ces personnes et augmente les risques de conflits sanglants. «Nous reviendrons ici, dans notre village, même si certains d’entre nous sont obligés de se déplacer», insiste Ali Mago. Mais partout dans la région, des vestiges de villages vides et battus par les vents parlent de gens qui ne sont jamais revenus. Parfois, il n’y a plus rien vers quoi revenir. La dernière forme d’adaptation aux changements climatiques est la fuite.
Le Sahel : plus vert ou plus sec?
• Les divers modèles climatiques qui existent proposent différentes perspectives d’avenir pour le Sahel.
• Selon certains scénarios, la région pourrait profiter des changements climatiques en recevant davantage de pluie et en devenant donc plus verte. Selon d’autres projections, les sécheresses y seront encore plus fréquentes et les pluies y deviendront encore plus irrégulières, ce qui rendra toute culture extrêmement difficile.
• Cette année, certains coins du Sahel ont reçu beaucoup de pluie à des moments complètement inhabituels, ce qui a entraîné la perte des récoltes.