Les fashionistas ont de plus en plus soif de mode locale. Mais pour que la tendance se mue en ventes, il faut que l’industrie d’ici mette ses atouts en valeur.
Jean-François Daviau de Groupe Sensation Mode, l’organisme qui chapeaute la Semaine de mode Montréal, nous confiait l’année dernière que les designers d’ici étaient encore trop peu connus du public. On peut en dire autant des détaillants qui produisent localement : en magasin, la petite étiquette qui annonce fièrement «made in Canada» n’est pas toujours facile à voir pour qui ne la cherche pas.
Les choses sont appelées à changer. Métro a d’ailleurs appris qu’une table de concertation travaille actuellement sur la stratégie à adopter pour mettre de l’avant le «fait ici». Dans ce contexte, «une campagne de marketing d’envergure de la firme SID Lee» serait dans les cartons, a indiqué Paulette Kaci, directrice générale du Centre de recherche et d’innovation en habillement, Vestechpro, qui organisait la conférence «L’avantage d’une production locale?» jeudi dernier.
Selon la finissante de l’École supérieure de mode de Montréal Camille Lafontaine-Tardif, les détaillants auraient tout intérêt à y mettre les efforts marketing. L’étudiante signe une étude sur la perception de la fabrication locale par la génération Y, étude qu’elle a présentée à l’industrie la semaine dernière. Les résultats de son sondage, mené auprès d’un échantillon de quelque 800 jeunes de 18 à 34 ans, sont éloquents : 83 % considèrent qu’il s’agit là d’un avantage distinctif sur le marché, 63,5 % trouvent que ça influence l’image de marque et il s’agit même d’un argument de vente pour la moitié des répondants (50,1 %).
Les entreprises les plus proactives l’auront compris. C’est le cas notamment de Cristelle Basmaji, directrice marketing et communications de la chaîne Jacob, qui avouait cet été en entrevue avoir l’intention d’identifier clairement en boutique les collections fabriquées au pays. «C’est une demande des clientes», a-t-elle souligné. Dans la boutique en ligne, il existe même un onglet de recherche permettant de ne cibler que les vêtements confectionnés localement.
Deux autres chaînes québécoises bien connues, Tristan et Le Château, déploient également beaucoup d’efforts pour qu’on remarque leurs articles «made in Canada».
Signe des temps, la liste des bons exemples s’allonge, se réjouit Mme Kaci. Si les H&M, Zara, Mango et autres ne sont pas près de disparaître, il est temps pour les firmes d’ici de «revoir leurs stratégies» pour s’en démarquer définitivement, estime-t-elle.
Campagne deux en un
La chaîne Tristan fabrique certaines collections au Canada, notamment les complets pour hommes et femmes, qui sont confectionnés à Cookshire et à Farnham. Cet automne, la compagnie a mené une offensive marketing à l’Aéroport de Montréal pour promouvoir ses complets de voyage fabriqués ici (photo). Une nouvelle campagne est prévue la semaine prochaine, juste à temps pour le lancement de sa boutique en ligne, début décembre.
Bottes d’ici
Le Canada (et le Québec) n’est peut-être pas réputé pour sa production de chaussures. Cela dit, il reste ici une expertise importante dans le domaine de la botte d’hiver et de travail. Quelques exemples? Kamik, Sorel, Anfibio, de même que La Canadienne, qui fabrique certains modèles mode dans son usine montréalaise.
Autre fleuron d’ici : Pajar (ses collections Héritage Premium sont toujours fabriquées à Montréal), qui signe cette saison une collection exclusive en collaboration avec la chaîne Reitmans.
