La garde-robe des hommes d’affaires d’ici cache peut-être des trésors fabriqués dans une entreprise quasi centenaire de Parc-Extension. Pour le savoir, un mot-clé à retrouver sur l’étiquette : Samuelsohn.
Ces jours-ci, tout est calme dans le bâtiment de l’entreprise Samuelsohn, situé sur l’avenue du Parc, à deux pas de la rue Jean-Talon. C’est les vacances. Habituellement, quelque 350 travailleurs sont à l’œuvre dans l’imposant édifice de briques rouges agrandi en 1998. «Nos vestons sont cousus à la main selon la tradition italienne», témoigne Nicola D’Avirro, vétéran et chef tailleur. Il travaille pour Samuelsohn depuis plus de 50 ans.
La marque, qui célèbre cette année son 90e anniversaire, a regagné en notoriété ces trois dernières années, et les ventes suivent. On projette une croissance dans les 20 % pour 2013. Arnold Brant Silverstone, président du marketing, des ventes et du design, qui est aussi Montréalais d’origine, n’est pas surpris. «Aucune autre compagnie ne fait ce que nous faisons, rappelle-t-il. Nous avons une riche histoire, des connaissances et une expertise datant de plusieurs générations que nous marions aux nouvelles technologies et aux innovations. C’est le meilleur de la tradition en utilisant les outils du monde moderne.»
Un complet reste un complet. Il semble ainsi excessivement difficile d’être créatif, en mode pour hommes, sans effrayer la clientèle. «Pourtant, notre chiffre d’affaires a presque doublé depuis 2010, et ce, grâce à l’innovation, souligne M. Silverstone. Ce qu’on voit dans les défilés de mode fait peur. Pour notre part, nous innovons en mariant luxe et fonctionnalité. En utilisant des tissus imperméables, antitaches ou infroissables, par exemple, ou en ajoutant une poche pour le téléphone intelligent. Et nous sommes parmi les premiers dans l’industrie du luxe à avoir intégré les matières techniques.»
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Au printemps 2014, Samuelsohn lancera même des pantalons 100 % laine profitant d’une technologie qui permet de refléter la chaleur plutôt que de l’absorber. «Je les ai testés moi-même et ça fonctionne», assure le directeur de la création. La marque, qui mise énormément sur son service de complets sur-mesure, entend aussi offrir des chemises sur-mesure de même que des vêtements plus sport.
Un tailleur raconte
Nicola D’Avirro a appris le métier de tailleur dans son Italie natale. Aujourd’hui âgé de 76 ans, le chef tailleur responsable des contrôles de la qualité pour Samuelsohn a commencé à travailler pour l’entreprise montréalaise en 1961, à l’âge de 18 ans.
Pouvez-vous décrire une journée de travail type?
Je commence tôt le matin, à 7 h. Je parcours l’usine pour m’assurer que tout va bien. Je supervise sept contremaîtres, qui sont chacun responsables d’un aspect d’un processus de fabrication, et deux apprentis en contrôle de la qualité. Je fais le tour des lignes de production pour vérifier que chaque personne prépare son entoilage correctement, selon le bon style, la bonne forme, et que tout est coupé selon les bonnes mesures. Sans de solides bases, c’est tout le vêtement qui serait ruiné. Et créer un seul complet de cette manière demande des heures de travail. Avant, je terminais ma journée de travail à 18 h, mais maintenant que j’ai 76 ans, je peux partir à 16 h!
Qu’est-ce qui est le plus important dans la création de complets pour hommes?
L’entoilage est vraiment le cœur et l’âme du vêtement. Il faut donc qu’il soit parfait. On compte plus de 140 opérations – ou détails – dans chaque complet, comparativement à 40 ou 50 pour un vêtement fabriqué à la machine.
Comment l’industrie a-t-elle changé à Montréal ces 50 dernières années?
Quand j’ai commencé, chaque fabrique de Montréal confectionnait son entoilage intérieur. J’ai aidé Samuelsohn à améliorer ses techniques dans la plus pure tradition d’une maison italienne. Nous payons bien nos employés, alors la qualité de leur travail s’est améliorée. Aujourd’hui, nous sommes les seuls à fabriquer des vêtements en respectant cette tradition, ce qui est, selon moi, un gage de qualité.
Nos complets sont d’aussi bonne qualité que ceux fabriqués en Italie.
| 1923 Fondation de Samuelsohn à Montréal, sur l’avenue du Parc, par Lesser Samuelsohn. |
Les installations de Samuelsohn ont été agrandies en 1998. |
Les employés travaillent à la main depuis les débuts de l’entreprise. |
2010 La société Grano achète Samuelsohn. Arrivée en poste d’Arnold Brant Silverstone. |
L’équipe sur le plancher dans les années 1940. |
2013 Le 90e anniversaire de la marque est célébré en grand à New York. |
