Barbara Bui a toujours passé inaperçue. Même si elle compte des adeptes depuis plus d’une décennie, elle n’a jamais fait partie du «star système» de la mode, comme elle se plaît à nommer la tendance de l’industrie à placer certains designers (souvent des hommes) sur un piédestal.
Il est donc ironique que les idées sur lesquelles elle a basé son petit empire (l’androgynie, le cuir et le rock’n roll chic à la parisienne) vivent leur petit moment de gloire cet automne grâce à des collections créées par certains de ses pairs masculins.
«Je pense que ça peut être difficile pour les femmes présentement», avoue-t-elle devant son petit déjeuner : un café et des cigarettes. Nous nous sommes donné rendez-vous dans son atelier lumineux situé dans Le Marais à Paris. «Quand j’ai commencé, il y avait Sonia Rykiel, mais je pense que tout a changé depuis. Je crois que les femmes sont jugées plus durement», admet la designer d’origine vietnamienne.
Simplicité glamour
Plutôt que dessiner des collections aux références ésotériques comme certains autres designers, Bui crée des pièces simples taillées dans de riches étoffes qui sont à la fois portables et recherchées. Barbara Bui ne cherche pas de midi à 14 heures. Et c’est peut-être pourquoi les femmes l’adorent. Elle crée des vêtements qu’elle voudrait porter, mais qu’elle ne trouve pas en boutique.
C’est d’ailleurs en tant que propriétaire de boutique, dans les années 1980, qu’elle a commencé à créer. «Je voulais quelque chose qui fasse contrepoids à mon côté féminin, explique-t-elle. Je voulais que ce soit un peu androgyne, mais quand même élégant et sexy.»
Dans les années 1990, elle avait de la difficulté à trouver des pantalons avec une silhouette qui lui plaisait. Elle les a donc créés. «À cette époque, les pantalons étaient ennuyants. Trop fonctionnels. J’ai mis de l’avant des détails féminins. Depuis, les pantalons sont devenus une partie importante de mon univers.»
Plus encore, ses pantalons, magnifiques avec des talons vertigineux, sont devenus sa carte de visite, lui valant un fan-club de fidèles.
Son attirance pour la mode date de sa jeunesse. Elle se souvient même clairement du moment où le déclic a eu lieu, quand elle était petite fille. «J’avais environ quatre ans et j’observais ma mère en train de s’habiller pour une soirée. Elle portait une robe fourreau très simple en lamé or.»
Ce n’est peut-être pas pour rien que les tissus métallisés jouent un rôle important dans sa collection automnale, des jeans skinny en cuir aux chemisiers pailletés.