À en juger par sa collection de vêtements pour femmes et ses créations pour Dior Homme, Kris Van Assche ne vit que pour la mode.
Le designer ne vit que pour son travail. Il parle de mode comme le plus fervent croyant parle de religion. Par exemple, le Belge, âgé de 33 ans, décrit sa décision de lancer en 2004 sa collection de vêtements pour femmes comme une «philosophie de vie». Il compare la corrélation entre ses créations pour Dior Homme et sa collection de vêtements pour femmes à l’union d’un homme et d’une femme.
Sa conception holistique du design de mode se traduit par deux collections qui ressemblent aux différents côtés d’une pièce de monnaie parfaitement façonnée. Même ses populaires chaussures de sport dégagent une certaine intensité. Ses créations, quoique décontractées, sont façonnées avec précision. Elles sont intellectuellement lourdes, mais légères.
Après avoir remplacé Hedi Slimane en 2007, il a poussé Dior dans une direction complètement différente. Il est difficile d’égaler son prédécesseur. Toutefois, on a l’impression que Kris Van Assche y parviendra simplement parce qu’il y tient mordicus. Nous l’avons joint alors qu’il se préparait à la Semaine de mode de Paris, qui se tient jusqu’à jeudi prochain.
Quels sont vos plus vieux souvenirs les mode?
Me disputer avec ma mère au sujet d’un pull-over jaune que je ne voulais pas porter. Je devais avoir quatre ans.
Quelles ont été vos premières idoles dans le monde de la mode?
Tout d’abord, j’ai appris à connaître la mode grâce à des défilés français magistraux, comme ceux de [Thierry] Mugler et de [Jean Paul] Gaultier. J’ai rapidement découvert la mode belge avec des gens comme Ann Demeulemeester, Dries Van Noten et Martin Margiela. Je me sentais plus près de leur univers et de leur vision de la mode.
Si vous pouviez désigner un tournant dans votre carrière, quel serait-il?
Le lancement de ma propre marque est le moment le plus déterminant de ma vie. Même si j’étais bien préparé et organisé, j’ai eu l’impression de faire un saut dans l’inconnu. Cette maison de couture est drôlement importante pour moi. C’est mon laboratoire et mon havre de paix. La création de sa propre maison de couture dépasse de loin l’ouverture d’une boutique. En réalité, il s’agit d’un choix de vie, d’un état d’esprit. Une philosophie de vie, si l’on peut dire.
Comment décririez-vous la femme Kris Van Assche?
Séductrice, sensuelle. Elle combine une allure soignée, la douceur, la rigueur et la légèreté. Ses tailleurs s’inspirent de la garde-robe masculine. C’est la femme forte qui épaule mon homme romantique. Elle représente toutes les femmes autour de moi qui ne se laissent pas marcher sur les pieds, sans toutefois se transformer en hommes.
Avez-vous de la difficulté à passer d’un travail à l’autre?
Ce n’est pas aussi difficile que je le croyais. Certains thèmes ne conviennent simplement pas à l’un ou à l’autre, mais, la plupart du temps, les décisions me semblent naturelles. Bien entendu, chez Dior Homme, l’atelier influe grandement sur l’orientation de la collection. Comme il s’agit d’un type de recherche différent, le résultat l’est tout autant. Pour ma collection, 80 % du travail s’effectue pendant la phase de croquis. Chez Dior Homme, le croquis n’est qu’un point de départ.
Avant de commencer à y travailler, comment perceviez-vous Dior Homme?
Comme la collection qui a déclenché la révolution de la mode pour hommes au cours des 10 dernières années. Dior Homme représente le luxe et la modernité, la créativité et la qualité.
Généralement, quel est le point de départ de vos collections?
Je n’ai pas de rituel. Cela varie : une chanson, une photo ou une histoire. Je suis ouvert à chacune des cultures sans exception, qu’elle soit populaire ou avant-gardiste. Je m’inspire de tout et je reste réceptif.
À l’extérieur de l’univers de la mode, quelles Å“uvres vous inspirent?
Je suis proche de certains artistes contemporains prometteurs. J’admire et je connais bien David Cassini et Andrea Mastrovito. Je crée parfois des installations [d’arts visuels] dont les concepts, même s’ils semblent n’avoir aucun lien avec la mode, influent indubitablement sur mes collections.
Parmi vos contemporains, qui produit des créations particulièrement excellentes et inspirantes, selon vous?
Des artistes belges comme Ann Demeulemeester, Dries Van Noten et Haider Ackermann sont des modèles pour moi sur le plan de la rigueur, du talent et de l’indépendance.