Ahuntsic-Cartierville

Entre l’art et la manière à Ahuntsic-Cartierville

Ahuntsic-Cartierville grouille de musiciens et de chanteurs. Certains ont souvent décidé d’y vivre, mais parfois le choix s’est imposé à eux. Que pensent-ils de leur quartier où ils vivent et travaillent?

Dominica Mérola
Pianiste, chanteuse et compositrice

Dominica Mérola est une Ahuntsicoise depuis au moins deux générations. Elle est née dans une famille d’artistes. Son père, Mario Mérola, est connu pour ses œuvres d’art publiques qu’on rencontre aux stations de métro Charlevoix et Sherbrooke.

Celle qui a grandi à Ahuntsic ne changerait pour rien au monde de quartier.

«J’adore Ahuntsic et j’en ai beaucoup profité durant la pandémie. Sa nature, la rivière, les parcs, c’est ce qui marque le plus», dit-elle.

Elle parle d’une redécouverte parce que depuis quelques années, elle était souvent en tournée en Europe à la fin de l’hiver.

«Au printemps, je manquais la floraison et à l’automne, je ratais les couleurs», souligne-t-elle

Cette particularité naturelle, être proche de la nature tout en étant à Montréal, donne au quartier une douceur de vivre et marque son rythme.

«Il y a une belle communauté. Les gens sont plus détendus. On se parle facilement», soutient-elle.

Ahuntsic est aussi un lieu d’histoire. Le village du Sault-au-Récollet et le boulevard Gouin où elle réside racontent aussi le passé de Montréal.

«Il y a une fierté pour le patrimoine. Les gens sont heureux de vivre dans un quartier où on valorise l’histoire», assure-t-elle.

L’artiste est convaincue que le secteur gagnerait à être mieux connu des Montréalais et des autres.

«Quand je dis que j’habite à Ahuntsic, beaucoup de gens me demandent si c’est à Montréal», s’étonne-t-elle.

Dominica Mérola assure qu’un des effets positifs de la pandémie a été la découverte du coin pour de nombreux résidents du centre-ville.

«En un an et demi, il y a eu une affluence extraordinaire dans le parc de la Visitation», observe-t-elle.

La présence de parcs et la dotation en écoles et garderies font d’Ahuntsic un excellent coin pour élever une famille.

«Je suis entourée d’enfants. J’ai des nièces, des neveux et je connais des petits à qui j’ai enseigné le piano. C’est un endroit idéal pour les jeunes familles», soutient-elle.

Marc-André Doran
Organiste de l’église de la Visitation

Marc-André Doran est aussi un musicien classique connu notamment pour son interprétation de l’œuvre intégrale à l’orgue de Jean Sébastien Bach, et pour ses émissions à Ici Musique, de Radio-Canada.

Cet Ahuntsicois d’adoption perçoit le quartier comme une entité qui se distingue à Montréal.

«Moi, j’appelle cela le village du nord. Même la rue commerçante d’Ahuntsic, les deux bouts de Fleury, ne ressemble pas aux artères marchandes comme Saint-Hubert ou Beaubien. C’est une rue de village. C’est un peu cliché de le dire, mais c’est là que ça se passe», soutient-il.

Pour lui, vivre à Ahuntsic présente de nombreux avantages, tels que la possibilité de vivre en autarcie.

Même quand il a vécu ailleurs, notamment à Côte-des-Neiges quand il était étudiant, il faisait ses emplettes à Ahuntsic.

«Une chose est certaine, vivre dans ce quartier est agréable. Nous sommes un peu plus loin du centre-ville, mais pas tant que cela», observe-t-il.

Marc-André Doran aime particulièrement ses rues commerciales où il a observé le plus de changements.

«C’est fragile. Les commerces ont une certaine volatilité. Ils sont là, mais il n’est pas dit qu’ils vont subsister dans cinq ou dix ans. On voit que ça lutte», observe-t-il.

C’est aussi un quartier qui évolue vers une meilleure qualité de vie pour les citoyens.

 «Sur le plan culturel, c’est plus difficile. La maison de la culture travaille très fort pour maintenir une offre. À l’église de la Visitation, c’est moins extraordinaire que ce ne l’était il y a 25 ans. La radio finançait des concerts. Mais on voit fréquemment avec bonheur des files jusqu’au boulevard Gouin lorsqu’il y a un concert», note-t-il.

Quartier plus ou moins connu des Montréalais, Ahuntsic peut être victime d’une fausse perception.

«Les gens imaginent que c’est un quartier très homogène. Que ce sont essentiellement des gens de la bourgeoisie canadienne-française qui y vivent. Ils se trompent. C’est un quartier extrêmement diversifié», martèle-t-il.

Djely Tapa
Chanteuse, auteure-compositrice

Djely Tapa, de son vrai nom Sountougoumba Diarra, a remporté le prix Juno pour l’album de musique du monde de l’année en 2020 avec son album Barokan.

Elle a vécu sept ans à Ahuntsic-Cartierville. Elle considère qu’elle était en ville et à la campagne en même temps.

«Nos enfants se promènent librement, nous sommes en sécurité. On a aussi un rythme plus lent que si on allait à cinq minutes de là en voiture», soutient-elle.

La chanteuse originaire du Mali a apprécié la mixité qui règne dans le quartier.

«Je ne me suis jamais fait agresser ou voler. Je n’ai jamais senti du racisme envers moi ou envers mes proches», assure-t-elle.

Mère de trois enfants, elle a tiré avantage des grands espaces, des parcs de proximité et de la rivière des Prairies. «Cela permet de s’évader facilement», relève-t-elle.

Son lieu de retraite privilégié est le parc du Boisé-de-Saint-Sulpice. «C’est un endroit de paix incroyable», observe-t-elle.

C’est aussi pour elle un quartier vivant culturellement et qui reconnaît ses artistes.

«Chaque année, j’étais programmée à la maison de la culture d’Ahuntsic-Cartierville», mentionne-t-elle. 

Au fil des années, elle n’a pas vu beaucoup de changements si ce n’est les améliorations qu’ont connues certains vieux bâtiments.

«J’ai vu l’école Christ-Roi, où allaient mes enfants, agrandie. Cela a amené quelque chose de plus à cet endroit-là. Mais l’évolution est très lente dans le quartier», souligne-t-elle.

Elle aussi croit qu’Ahuntsic-Cartierville est victime de fausses idées.

«Chaque fois que je dis que j’habite à Ahuntsic-Cartierville, les gens me disent : ça doit être bruyant et avec beaucoup de délinquance. Je leur demande de quoi ils parlent», s’amuse-t-elle.

Toutefois, elle voit qu’il y a beaucoup de solitude dans ce quartier marqué par sa mixité.

«Je voudrais demander aux gens ce qui vous pousserait davantage à vous mélanger aux autres?».

Djely Tapa a quitté Ahuntsic-Cartierville alors que son immeuble est en rénovation. Elle espère y revenir bientôt.

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