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Comment détruire un humain à distance

Je participais à un séminaire en gestion administrative, mardi de la semaine dernière, lorsque j’ai jeté un œil sur le fil d’alimentation de mon compte Twitter. Les informations sur le suicide d’une jeune adolescente québécoise de 15 ans s’y bousculaient.  

Je n’ai pris connaissance que le lendemain de la lettre que Marjorie Raymond avait laissée à sa mère, et quand je l’ai lue, des larmes couraient sur mes joues.

«Chère maman! Je suis énormément désolée de ce que j’ai fait et sache que c’est loin d’être ta faute. Au contraire, je te ferai du mal sans le vouloir. Tu es la meilleure maman au monde. C’est juste que la vie, je n’en peux plus.»

Des mots à vous briser le cœur. Des mots écrits à une mère qui a découvert le corps de sa fille dans le garage alors qu’elle était accompagnée de sa fillette de cinq ans. C’est une image qui me hante encore. Et je suis convaincue que cette image les suivra toute leur vie.

Et pourquoi cette mort tragique, insensée, inutile et qui aurait pu être évitée? Simplement à cause du fait que Marjorie était victime à répétition – comme tant d’autres enfants dans le monde – d’intimidation à l’école.

Les politiciens, les parents, les enseignants et les étudiants ont tous réagi à cette tragédie. Les solutions proposées allaient de la tolérance zéro à du counseling pour les jeunes victimes de ce genre de harcèlement. Mais n’avons-nous pas déjà exploré toute cette problématique? Les étudiants se livrant à de telles pratiques ne sont-ils pas déjà réprimandés quotidiennement? Ne devrions-nous pas plutôt nous pencher sur le cœur même du problème?

D’où naît l’intimidation? Pourquoi les jeunes s’intimident-ils? Quel sentiment d’isolement et quelle perte de maîtrise et d’estime de soi peuvent conduire ces petits monstres à devoir écraser les autres pour se sentir importants? Quelle perte d’énergie et de temps pour ces adolescents qui n’ont rien d’autre à faire que de se faire souffrir entre eux pour se sentir puissants. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond là-dedans.

L’intimidation sur Internet a fait monter d’un cran ce problème par rapport aux générations précédentes. Jadis, un enfant victime d’intimidation pouvait physiquement quitter les lieux où il se faisait menacer. Aujourd’hui, avec les ordinateurs, les téléphones portables, les messages textes et les pages Facebook, l’intimidation est présente 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Elle devient omniprésente et permanente. On ne peut y échapper. Imaginez l’impact que cela peut avoir sur une adolescente anxieuse, déprimée et terrifiée!

J’ai toujours été une fan inconditionnelle des médias sociaux. Ceci dit, je suis également consciente du pouvoir diabolique qui peut en découler. L’intimidation dans le cyberespace est comparable à l’arrivée de l’arme nucléaire dans l’art de la guerre. Celui qui tue, chasse et terrorise à distance n’assiste jamais au massacre. Quand on jette une bombe nucléaire sur une ville remplie de civils, on ne voit rien de la destruction que l’on provoque. Quand on envoie un message haineux via un média électronique, on ne sait pas jusqu’à quel point les mots détruisent la victime.

Un harceleur peut ainsi agir en toute impunité, s’il le désire. Il est plus facile d’agir froidement dans de telles circonstances, mais les résultats n’en sont pas moins désastreux, comme l’a démontré le suicide de Marjorie.

Pauline Marois avait bien raison lorsqu’elle a déclaré que c’est toute la société qui devait en assumer le blâme. Si vous êtes témoin de ce qui ressemble de près ou de loin à de l’intimidation, ne haussez pas les épaules, ne banalisez pas l’événement en vous disant que ce ne sont que des chamailleries d’enfants et ne prétendez pas que cela ne vous concerne pas. RÉAGISSEZ. Vous êtes peut-être en train de sauver une vie.

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