En subdivisant un ensemble de logements en duplex, un propriétaire immobilier peut reprendre, dans chacune des habitations, un appartement pour y résider. Une fois vides, les différents immeubles ainsi créés peuvent être revendus, à profit, entraînant ainsi un phénomène de spéculation quant à leur valeur foncière. C’est ce qui s’est produit dans le cas de Mmes Laperrière et Lalonde. L’ensemble immobilier où elles résidaient a été transformés en duplex dont plusieurs ont été vendus.
Refusant de se laisser faire, les deux femmes et leurs voisins ont entamé des démarches juridiques auprès de la Régie du logement. Le 8 décembre 2007, l’institution a rendu son jugement, autorisant « l’aliénation des deux fractions créées par la déclaration de copropriété avec les droits indivis ». En langage clair, cela veut dire que la Régie entérinait la vente des deux premiers duplex. Cependant, elle a également statué que le propriétaire devait « respecter les baux présentement en vigueur », « maintenir l’usage actuel et pour l’avenir des parties communes », dans ce cas-ci, la cour arrière servant aux différents logements et « respecter le droit au maintien dans les lieux en faveur des locataires [évincés] pendant une période de cinq ans, sans possibilité de reprise de logement ».
Menaces et intimidation
Malgré un jugement qui, dans son ensemble, est favorable aux locataires, la menace d’éviction plane toujours. Jaxandre refuse de se soumettre à la décision de la cour.
Les locataires se disent victimes d’intimidation et de harcèlement de la part de leur propriétaire. Les deux voisines relatent différents cas où celui-ci aurait coupé les fils de téléphone, l’eau ou l’électricité et où des travaux auraient été effectués dans le but avoué de leur nuire – l’escalier principal aurait été enlevé, tandis que l’accès à l’escalier de secours était bloqué par des débris, les pentures de la porte d’entrée auraient été retirées, invasion de domicile par les ouvriers, etc. Mme Laperrière soutient également que Jaxandre lui aurait demandé de libeller ses chèques à un autre nom, lui faisant craindre que l’immeuble où elle réside ait été vendu sans l’aval de la Régie du logement.
« Il a tout fait pour nous mettre à la porte », dénonce-t-elle.
Excédés, plusieurs locataires ont abandonné la lutte. De la vingtaine de locataires, ils ne sont plus qu’une demi-douzaine à se battre pour rester dans leur logement. Pourquoi persister? Pour une question de principes, mais aussi pour une question de coûts. Le loyer de Mme Laperrière coûte 326 $ par mois, une denrée rare sur le Plateau-Mont-Royal.
Dédales administratifs
Les 26 et 27 novembre, les locataires restants et le propriétaire se présenteront de nouveau à la Régie du logement. Les deux femmes espèrent que celui-ci se conformera au jugement et que des sanctions seront appliquées.
« Au début, on s’était pris un avocat. Mais comme nous n’avons pas de gros salaires, on s’était tous cotisés. Avec le temps, on n’est rendus que cinq ou six et on n’a pas les moyens de se prendre des avocats à chaque fois. Surtout que ce sont des gens qui entrent dans le dossier à la dernière minute et qui n’ont pas une connaissance de tout ce qui s’est passé », déplore Mme Laperrière, exténuée et perdue entre les conseils contradictoires des différents spécialistes.
Pour sa part, Mme Lalonde est confiante et estime que le dossier qu’elles ont monté au fil des années est assez solide, pour finalement, pouvoir tourner la page sur cette histoire.