Comme il ne me connaît pas, il me demande de lui raconter une journée type afin qu’il puisse se faire une meilleure idée de ce qui pourrait m’affecter.
Je lui raconte donc que lorsque je me réveille le matin, après avoir fait pipi, j’entame ma journée comme tout bon citoyen, en m’informant de l’état du monde dans lequel je vis. Je lui dis que c’est important afin de bien…
De bien quoi au fait ?
Dans le fond je ne le sais pas vraiment, mais comme tout le monde semble le faire, il doit bien avoir une raison valable et qui, ultimement, doit apporter un tantinet de bonheur ou de joie dans notre vie, non ?
Bref, je commence ma tournée d’informations par ouvrir la radio et tourner le bouton vers la gauche jusqu’à la station parlée purement montréalaise.
L’animateur questionne, jusque dans le coin de la patinoire, un quelconque crosseur de notre société afin de lui soutirer un aveu de culpabilité sur une quelconque magouille.
Lorsque l’entrevue se termine, on m’offre un condensé de tout ce qui est mal allé dans notre monde dans les derniers 24 dernières heures. Au menu: meurtre, guerre, maladie, fraude, taxe, impôt, politique, etc.
Je dis à monsieur Docteur que dans un désir d’être juste et équitable, je me dois d’aller chercher mes infos à différentes sources afin de mettre les choses en perspective.
Du moins, c’est ce que plusieurs disent. Surtout de la part des dits medias d’où je prends mes infos. Une infopub quoi.
Bref, je tourne le bouton de ma radio à droite jusqu’à l’autre poste de radio parlée, récemment immigrée à Montréal en provenance de ce lointain village vivant de l’espoir d’une équipe de hockey.
L’animateur, dans un langage cru, tente de coincer dans le coin sombre d’une ruelle son invité. Un quelconque crosseur qui a fait une quelconque magouille.
Je constate que je viens de me faire servir le même plat qu’à l’autre poste mais accompagné d’une différente sauce. Pas meilleure, pas pire. Différente.
Puis lorsque mon café est prêt, je m’installe devant mon ordinateur et j’ouvre les sites web Cyberpresse, le Journal de Montréal, le Huffington Post et quelques autres moins connus.
Au final, j’ai les mêmes infos qu’à la radio. Par contre, j’ai aussi été en contact avec les (trop) nombreuses analyses et points de vue des 150 chroniqueurs de chacun des médias qui tentent tous de me convaincre que c’est eux et pas les autres qui ont raison.
Tant d’opinions et d’analyses divergentes pour un même évènement. On croirait des psys évaluant un accusé dans un procès pour meurtre. Ça dit tout et son contraire et accuse l’autre de dire n’importe quoi, au détriment de la victime, ici le lecteur.
Monsieur Docteur m’interrompt et me demande si je fais cette tournée tous les jours. Je lui réponds par l’affirmative.
« Je crois savoir comment vous faire sentir mieux et ce, sans médicament. Pour quelques jours, cessez donc de consulter les nouvelles. Dite-vous que de toute façon ce sera toujours la même chose: pire qu’hier et moins horrible que demain »
J’ai rendez-vous dans deux semaines pour un suivi. D’ici là, quand je me réveillerai, je me concentrerai sur les flocons de neige et les décorations de Noel de mon voisin.