Plus de 75 % des places seront destinées à des familles à faible revenu. On favorisera l’embauche d’éducatrices et d’éducateurs résidents du secteur et qui sont en recherche d’emploi. Un volet récréatif permettra aux enfants de fréquenter la Voisinerie, un ancien stationnement transformé en jardin communautaire et en espace d’échanges citoyens. Finalement, le local du CPE, hors des heures d’accueil des enfants, pourra servir pour des rencontres de résidents. Voilà en quoi ce nouveau CPE sera différent des autres.
L’idée de l’implantation de ce nouveau concept de CPE dans ce secteur entouré des rues de Charleroi, Garon, Pelletier et du boulevard Henri-Bourrassa, et qui compte un peu plus de 2 000 résidents, a germée dès 2010. Via le Regroupement citoyen de l’Îlot Pelletier et Paroles d’excluEs, deux organismes solidement implantés dans ce milieu, et en collaboration avec le CPE de Montréal-Nord (CPEMN), ses initiateurs ont jeté les bases du projet et entamé les démarches qui aboutiront finalement d’ici 2014 ou 2015. Le CPEMN, qui gère déjà 704 places réparties dans 90 résidences de garde en milieu familial, en plus de 80 enfants qu’il accueille lui-même, sert de maillon entre le gouvernement qui financera cette initiative et les résidents qui l’ont mise au monde.
Un défi de recrutement
Une offre d’achat a été faite pour une maison unifamiliale de la rue Pelletier et la transaction devrait être finalisée d’ici le 15 décembre. La maison sera détruite – elle serait trop petite pour accueillir 80 enfants et une vingtaine de travailleurs -, et le CPE sera construit au coût d’environ un million de dollars. En parallèle, le recrutement des enfants se fera et malgré le fait que cette partie de Montréal-Nord compte une forte proportion de femmes monoparentales et à faible revenu, cela pourrait représenter un défi. « Nous devrons les rejoindre, une par une s’il le faut, et leur montrer que c’est fait pour elles », dit Patrice Rodriguez, coordonnateur général de Paroles d’excluEs.
Parce qu’il n’est pas dit que toutes ces femmes auront le réflexe de se tourner vers cette nouvelle ressource. Pour des raisons culturelles, certaines préfèrent garder les enfants à la maison. D’autres, sans emploi, sont prises dans un cercle vicieux : elles ne peuvent pour le moment se payer une garderie privée et il est leur est donc impossible de se trouver un emploi. Elles restent donc prises avec l’aide sociale et la précarité extrême qui vient avec.
Mais Patrice Rodriguez a bon espoir que les trois organismes impliqués dans ce projet pourront renverser la tendance et faire la différence pour quelques dizaines de familles. « À trois, en travaillant en partenariat, avec notre réseau et tous les gens que nous connaissons sur le terrain, ça va nous donner plus de chances d’aller vers des résultats allant le plus près possible du 80 % », explique-t-il en faisant référence à la volonté d’accueillir une majorité d’enfants provenant de familles à faibles revenus.
Ce 80 %, ce ne sera pas une obligation, mais plutôt une cible, explique Claire Kanaan, directrice du CPEMN. « Au CPEMN, nous donnons déjà la priorité aux familles à faible revenu, mais cette proportion varie d’année en année, ça va de 20 à 30 %. Le 80 %, pour le nouveau CPE, c’est un objectif seulement », ajoute-t-elle, précisant que la nouvelle ressource travaillera de façon à ne pas concurrencer les services de garde en milieu familial déjà présents dans le quartier.
Aïsha Belghomari, responsable d’une petite garderie privée qui accueille quatre enfants dans son appartement de l’Îlot Pelletier depuis un an et demi, et qui fut l’une des initiatrices du comité garderie qui a mené à l’annonce de la construction de ce nouveau CPE, se réjouit de voir tant d’efforts être récompensés aujourd’hui. « Je n’aurais pas espéré voir de si beaux résultats », dit la dame en chuchotant pour ne pas réveiller les enfants qui dorment au sol sur de petits tapis.