Âgé de 15 ans, Gabriel Doucet habite à l’île Bizard. Comme beaucoup de jeunes de son âge, il aime écouter des groupes populaires, faire du sport et être en contact avec d’autres adolescents. Lui qui va à l’école, rêve d’être professeur d’informatique. Seule spécificité: Gabriel est muni d’une canne blanche.
Lui qui n’a jamais connu la vue, explique sa situation. «Je ne vois pas que du noir. Je vois plus des lueurs. Quand on ouvre une grosse lumière ou des fois quand c’est nuageux et il y a une percée de soleil, je peux voir la lueur. J’ai l’impression qu’il y a du soleil», souligne Gabriel au journal Cités Nouvelles.
Depuis qu’il est tout petit, l’adolescent fréquente l’école Jacques-Ouellette à Longueuil. L’établissement francophone est d’ailleurs le seul en Amérique du Nord à offrir un enseignement spécialisé aux élèves de 4 à 21 ans ayant un handicap visuel.
«J’aime envoyer des fichiers sonores via Gmail, comme des fichiers MP3 par pièce jointe», soutient Gabriel qui adore l’informatique. Atteint d’une déficience intellectuelle légère, l’adolescent aime aussi bouger. Nager, jouer au piano, faire du vélo, taquiner sa sœur… Gabriel a même déjà fait du ski alpin plus jeune.
À l’aide de sa canne, l’adolescent peut vivre plus facilement: «Je peux me guider. Je sais où sont les marches. Je sais où est le mur, la bordure du trottoir». L’étudiant note que la grandeur des canes varie selon la taille d’une personne. À la maison, Gabriel peut compter sur l’aide de sa petite sœur Joanie qui s’occupe de lui comme un roi. «Comme parent, on a tendance à vouloir être protecteur, mais d’un autre côté on veut pousser son autonomie», soutient son père, Sylvain.
Aider un non-voyant
Selon le père de Gabriel, il ne faut pas changer sa façon de faire, son vocabulaire lorsqu’on s’adresse à un non-voyant. «Lors d’un premier contact avec un non-voyant, les gens sont souvent maladroits. Dans le fond, il est un être humain comme un autre qui a juste besoin d’un peu plus d’aide que nous surtout au niveau des déplacements», précise M. Doucet.
Selon lui, l’approche avec un non-voyant doit toujours se faire avec douceur sans surprendre la personne. Il faut donc toujours s’annoncer, soit avec la parole ou dans nos gestes. Les gens doivent éviter d’avoir de la pitié envers ceux qui vivent sans voir.
Par ailleurs, le père a commencé à faire des démarches pour orienter l’éducation de son fils vers l’informatique. «Avoir un enfant non-voyant, ça change une vie! Tu n’as pas de demi-mesure comme parent. Soit tu fonces ou tu abandonnes», soutient le père qui élève deux enfants seul depuis 4 ans. «Je me suis aperçu que Gabriel m’en a plus appris que j’en ai appris», de conclure l’homme.
Selon l’Association québécoise des parents d’enfants handicapés visuels, on compte environ 350 enfants de moins de 21 ans qui ont une déficience visuelle sur l’île de Montréal.