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Outremont

Un violon sur le coeur

Joanny-Furtin Michel - TC Media
C’est un public plus dense qu’à l’habitude qui venue apprécier le talent de la violoniste outremontaise Vanessa Husaruk lors de son dernier concert à la salle Tanna Schulich de la faculté de musique de l’Université McGill.

L’Express d’Outremont suit cette artiste depuis plusieurs concerts déjà, et voir plus de 40 personnes dans l’auditorium faisait chaud au cœur tant il est difficile pour les artistes de faire connaître leur démarche artistique au plus grand nombre.

Pour cette soirée qui se révéla hors normes, tant en termes de programme que d’interprétation, Vanessa Husaruk était accompagnée d’un artiste de talent de sa trempe en la personne de Matt Herskowitz au piano.

Comme à son habitude, la violoniste avait concocté un programme où la facilité n’avait pas sa place en proposant la fameuse Sonate à Kreutzer de Ludwig van Beethoven et la Sonate No 1 (opus 78) de Johannes Brahms dans une première partie classique et romantique. Puis la Sonate No 1 pour violon et piano de Belà Bartok et The Lark Ascending de Ralph Vaughan Williams dans une seconde partie moderne et contemporaine.

Après une entrée en scène pour le moins déconcertante – le pianiste avait oublié ses partitions en coulisse, et son accompagnatrice y a fait deux allers-retours… – Vanessa Husaruk a entamé l’œuvre de Beethoven avec la sagacité qu’on lui connait et qu’on apprécie chez elle. Cette célèbre Sonate à Kreutzer pour piano et violon est une pièce ardue du répertoire et demande autant de virtuosité que de dextérité.

On regrettera, mais cela n’engage que nous, quelques flottements dans le presto du premier mouvement. Un moment que Vanessa Husaruk a su nous faire oublier par une reprise de son style de jeu : la rapidité d’un jeu musical qu’elle conduit en douceur, paradoxalement, et sans tomber ainsi dans la facilité. Et puis on aime ses attaques franches et nettes, même dans les pianissimi.

Le deuxième mouvement, andante con variazoni I à IV, était vraiment joli avec ses variations différentes et ses montées rapides vers l’aigu, donnant à cette page musicale l’effet d’une mosaïque chromatique.

Accompagné d’un pianiste hors pair, Matt Herskowitz, un partenaire à sa mesure, on assistait à un véritable duo de personnalités dans un presto final magnifique.

La soliste a démontré ses qualités d’interprète en faisant briller le phrasé de son violon dans le vivace ma non troppo, le premier mouvement de la Sonate No 1 (opus 78) de Johannes Brahms. Elle a ainsi fait de l’adagio du deuxième mouvement, un moment intime et introspectif; et l’allegro molto moderato du troisième mouvement de cette œuvre de Brahms s’est transformé en une véritable conversation entre deux instruments avec une mélodie qui questionne, interpelle, demande, attend, et s’impatiente…

Une seconde partie fascinante

Les œuvre de la seconde partie de la soirée ont permis aux deux artistes de montrer leurs talents et leur complémentarité artistique.

Nous avons été subjugués par le Bartok, le vibrato et les gammes obsessionnelles de l’allegro appassionato, les dissonances volontaires du piano, et une partition qui semblait raconter un duo d’amour incompris.

Entre les cordes frottées de Vanessa et les cordes frappées de Matt, l’adagio est apparu comme une sculpture musicale. Et leur allégro, expressif, présent, soutenu, a parachevé ce bouquet d’émotions.

Enfin, inspirée d’un poème, The Lark Ascending de Vaughan Williams était une invitation au voyage avec ses accents irlandais. La justesse interprétative de la partition de violon et ses longs phrasés nous racontaient une histoire dont le piano plantait le décor. Bref, des œuvres à re-découvrir et une soirée musicale enthousiasmante.

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