Du mercredi 25 au vendredi 27 janvier, à la salle Claude-Champagne, trois concerts spatialisés de musiques électroacoustiques, vidéomusiques, et performances interactives, permettront de mieux comprendre ce qu’est la composition électroacoustique. Et non, ce n’est pas du « bruit harmonisé… »
Jean Piché est professeur de composition électroacoustique. Ce département de la fac de musique de l’UdeM existe depuis le début des années 80 et jouit d’une réputation internationale sous le nom d’École de Montréal.
« L’informatique fait partie des outils du compositeur au même titre que le contrepoint ou l’harmonie, déclare-t-il. Ce département offre un curriculum ouvert à la technologie, sans fétichisme de la technologie. On y crée une musique plus visionnaire. »
Est-elle pour le moins scriptable ? « Pas vraiment dans le cas qui nous concerne. La musique numérique, ou musique électronique utilise toutefois des fichiers, des programmes, un support fixe très arrêté qui laisse peu de place à l’improvisation. Cette approche appelée acousmatique (entendre sans voir) est encore complexe pour faire des performances en temps réel, mais on utilise de plus en plus des instruments inhabituels, voire inventés, tous générés et contrôlés par ordinateur. »
Issue d’une performance ou traditionnelle, captée et transformée, les approches musicales sont mixtes. Il demeure que l’auditeur reste avec la musique qui s’apprécie de la même façon. »
« La vidéomusique caractérise ma démarche. La musique associe un visuel abstrait. Ce n’est pas du documentaire; ce n’est pas du court-métrage; ce n’est pas du cinéma; il n’y a pas de script ni de scénario. C’est un alliage, insiste-t-il, de la musique et de l’image, où le spectacle s’apparente au geste musical. »
« La vidéomusique est une exploration, un bidouillage que je développe et qui me donne une partition. La musique peut être concrète (une captation, un enregistrement) ou synthétique. C’est idem pour l’image qui peut être concrète ou synthétique avant manipulation. En revanche, hormis la vocalise, la prosodie de la voix chantée reste une des limites de la musique électroacoustique.»
«Je fabrique presque toujours le visuel avant la musique, cela permet de donner une orientation temporelle à la musique. » Et le compositeur ajoute en souriant : « la vidéomusique serait à la poésie ce que le cinéma est au roman »
«Au XIXe siècle, l’apprentissage de la musique faisait partie de l’éducation parce que la musique n’existait pas sans qu’on y participe. Puis la captation, l’enregistrement s’y sont substitués. De nos jours, on passe de plus en plus de temps devant son ordinateur. Le fait de connaître et pratiquer la musique recommence à faire partie des acquis, mais cet apprentissage est très lié à la technologie. Chacun redécouvre la fabrication de la musique, son écriture, mais sous d’autres formes de partitions, et que l’on considère de plus en plus comme esthétiquement valables.»
«Les pratiques musicales sont devenues extrêmement larges et diversifiées. Il y a beaucoup de »bonne musique ». Elle rend le travail du jardinier de plus en plus complexe parce que le jardin de plus en plus vaste…»
«On assiste à une interpénétration des styles et des pratiques artistiques ou la musique académique et populaire suivent des démarches très accommodantes mêlant le vernaculaire à l’académique et vice-versa.»
Selon Jean Piché, la rencontre des arts et des musiques nouvelles dans le cadre de la vidéomusique n’est encore qu’à l’état embryonnaire. Il faut développer les pratiques expérimentales de la musique acousmatique, la pratique robotique et les sculptures sonnantes. C’est ce que propose l’Électro Buzzz…
Un programme… à vivre !
Création visuelle, création sonore, voire création tridimensionnelle, les concerts d’Électro Buzzz se déroulent sous un dôme acoustique, la zone centrale de la salle Claude-Champagne, cernée d’enceintes et de haut-parleurs du sol au plafond.
Au cours de cette série de concerts, présentés devant un écran panoramique et sous un dôme de haut-parleurs, le public pourra découvrir le Jardin des fraîcheurs (mercredi 25 et jeudi 26 janvier, 19h30), ou les compositeurs-étudiants de la Faculté de musique, issus des classes de Robert Normandeau, Jean Piché, Georges Forget et Martin Bédard présentent leurs travaux inédits.
Histoire nous mettre l’eau à la bouche, le programme Grands crus et nouveaux arrivages (vendredi 27 janvier, 19h30) proposera des œuvres des créateurs chevronnés comme Jean Piché, Marcelle Deschênes, Zack Settel, Georges Forget, Louis Dufort, Patrick Saint-Denis, Terri Hron, Martin Marier et Émilie Payeur.