« Il y a quelques années, je suis allée visiter la Pologne et les anciens camps nazis. Là, j’ai vu des choses qui m’ont hantée durant des mois. Je repense aux restes brûlés des vêtements d’un bébé, entre autres, et à son biberon, cassé. Ce fut comme un coup de poing en pleine figure. Déjà qu’il est impossible de comprendre pourquoi on veut tuer d’autres êtres humains, c’est encore plus impensable pour des bébés. Ça m’a bouleversée. Je n’ai pas été capable d’écrire pendant un an. »
Comme un appel, c’est cette douleur et cette incompréhension qui ont pris place dans les écrits de la poète résidante de La Petite-Patrie. « Il me fallait écrire sur ça. Il fallait que j’extirpe cette fatalité de mon être. J’ai en fait une œuvre de lucidité, mais qui comporte, j’espère, un côté ensoleillé. »
Plus haut que les flammes est un recueil où le quotidien côtoie le souvenir des camps d’Auschwitz et de Birkenau. On y suit les journées d’un enfant qui veut rire, s’amuser et jouer dans un lieu où l’horreur extrême sème la douleur et la mort. Un contraste où la poésie de Mme Dupré questionne et fait réfléchir sur l’être humain.
Prix littéraire
L’écriture de ce recueil de poésie a non seulement marqué l’auteure, mais également les membres du Conseil des arts du Canada, qui lui ont décerné la première place dans la catégorie Poésie des Prix littéraires du Gouverneur général du Canada 2011.
Au total, 103 livres de poésie ont été soumis au jugement des membres du Conseil des arts dans cette catégorie. Cinq ont été retenus comme finaliste, et c’est celui de Mme Dupré qui a remporté la palme.
« C’est vraiment un honneur incroyable, accompagné d’une belle bourse (25 000$) qui me permettra de poursuivre. Chacun des recueils retenus aurait pu gagner. Même une fois en nomination, jamais je me suis dit que je devais gagner. On écrit d’abord et avant tout pour partager ce qu’on a en soi avec les lecteurs, par pour gagner des prix. Mais quand ça arrive, c’est tant mieux. Ça donne le goût de poursuivre le travail et ça donne des ailes. »
Depuis longtemps, la poète porte l’écriture en elle, affirme-t-elle. « C’est une activité très solitaire. Oui, on espère toujours être lu par un grand nombre de lecteurs, mais tout le processus se déroule seul. En plus, quand on écrit de la poésie, comme moi, on sait qu’on sera lu par un petit nombre de gens, qu’on ne le fait pas pour le grand public et que donc, on ne vivra jamais de sa plume. C’est donc une démarche personnelle en laquelle il faut croire, sans avoir de véritables attentes. »
Tout de même : le prix du Gouverneur général permettra au recueil Plus haut que les flammes de trouver échos chez un public plus large. Déjà, les possibilités de traduction sont là et le livre pourrait avoir une nouvelle vie du côté du Canada anglais, entre autres, laisse savoir la principale intéressée.