Frédérique Charest
L’initiative La lecture en cadeau vise à prévenir les difficultés de lecture pouvant mener au décrochage scolaire et à l’analphabétisme. En 15 ans, la fondation a distribué plus de 350 000 livres à des enfants provenant surtout de milieux défavorisés.
Depuis trois ans, la distribution annuelle des bouquins est une journée spéciale au CPE Les Crayons Magiques. Les éducatrices en profitent pour faire des activités de lecture. Par exemple, elles lisent et animent un conte. À la fin, chaque enfant reçoit son propre livre.
« Autant les enfants que les parents sont contents de cette activité. Des livres, on n’en a jamais assez! C’est mon opinion de mère et d’éducatrice », soutient Isabelle Jacob, directrice générale de ce CPE situé boulevard des Grandes Prairies.
Elle ajoute qu’il n’est jamais trop tôt pour exposer les enfants aux joies de la lecture, même les bouts de chou qui ne savent pas encore lire.
« Les mots, c’est la base de l’imagination d’un enfant. Être en contact avec un livre — le toucher, le feuilleter, même le mordre — c’est la première étape de la familiarisation à la lecture. Préparer les enfants à lire va développer leur vocabulaire. »
Lutter pour l’alphabétisation
Diane Mockle, présidente et directrice générale de la Fondation pour l’alphabétisation, souligne que les enfants issus de milieux défavorisés n’ont pas forcément l’occasion de recevoir des livres.
« On sait que ce sont des milieux dans lequel le livre est généralement absent. Souvent, les parents de ces enfants sont eux-mêmes de faibles lecteurs et n’auront pas une propension très grande à faire de la lecture une valeur fondamentale. »
Son organisme estime qu’en 2013, il y avait environ un million de Québécois qui étaient incapables de lire et d’écrire. De plus, près de 50 % des gens au Québec étaient analphabètes fonctionnels. Ces personnes arrivent à décoder un texte, mais ont de sérieuses difficultés à en saisir le sens.
D’où vient l’importance de transmettre aux enfants le goût de la lecture le plus rapidement possible.
« Les enfants qui n’ont pas de livres à la maison conçoivent la lecture dans un strict cadre scolaire et qu’à des fins utilitaires. Il faut leur faire découvrir que la lecture a d’autres vertus, comme l’évasion », souligne Mme Mockle.
Elle ajoute que le plaisir de lire permet aux petits de développer des compétences qui leur seront nécessaires à la réussite scolaire et professionnelle.
Mme Jacob abonde dans le même sens, ajoutant que le CPE offre également un bouquin à ses petits à Noël.
« Nous, on priorise la lecture, mais je ne suis pas convaincue que c’est nécessairement le cas à la maison. Au moins, si les enfants reçoivent deux livres par année, au bout de cinq ans, ils commencent à avoir le début d’une petite bibliothèque. »