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Environnement

Quatre personnes à la rescousse des écosystèmes

Elisabeth Braw - Metro World News

Les explorateurs du monde sauvage ne se bornent plus à étudier des espèces exotiques. Ils aident aussi à les sauver. Cela profite aux écosystèmes locaux.


(Poids économique: la biologiste Vanessa Bezy explique que les tortues de mer représentent un élément important de l’économie du nord du Costa Rica. / National Geographic)

Je travaille sur la côte dans le nord du Costa Rica. Chaque mois, des milliers de tortues de mer viennent pondre ici. Le désordre est incroyable en raison de tous les nids que les tortues ne cessent de creuser sur la plage pour y déposer leurs œufs. À cause du désordre, une grande proportion des œufs est infectée par des champignons et des bactéries. Par conséquent, le nombre d’éclosions est incroyablement faible.

Par ailleurs, l’érosion est très importante sur des plages de ce type, ce qui signifie que l’aire où les tortues peuvent se creuser un nid se réduit. Et si la température du globe continue à se réchauffer, les œufs risquent d’être encore plus vulnérables, ce qui affecterait encore davantage les populations de tortues marines. J’ai étudié la possibilité de traiter le sable afin d’augmenter le nombre d’éclosions.

Les gens qui vivent ici sont très impliqués et font tout ce qu’ils peuvent pour aider les tortues, parce que leur gagne-pain dépend de ces reptiles. Il s’agit du seul endroit sur Terre où il est permis de vendre des œufs de tortue de mer. Il y a eu de nombreuses discussions au sujet du développement d’autres sources de revenus, comme le tourisme, mais il a été décidé que cela serait préjudiciable à l’environnement. Les tortues représentent une partie très importante de l’écosystème local : elles mangent une grande quantité d’herbiers marins, de poissons et de méduses, aidant ainsi au contrôle des populations de ces espèces.


(Tourisme: Matthew Becker fonde de grands espoirs sur les amateurs de safari. /National Geographic)

La Zambie a ceci de particulier que le tiers de son territoire est consacré à la vie sauvage, et que les zones protégées sont pour la plupart contiguës. L’un des grands problèmes liés à la protection des écosystèmes est que les aires protégées sont en général morcelées et qu’il existe d’importantes limitations à ce qu’il est possible de faire dans une petite zone.

Les grands prédateurs – notamment les lions, les lycaons et les guépards – sont les premiers à disparaître quand l’effet de l’activité humaine se fait sentir sur un écosystème.

Ces espèces sont toutefois d’un grand intérêt, et les gens sont prêts à payer pour les admirer. Il est donc plus facile de les sauver que les espèces moins célèbres, mais cela finit quand même par profiter aux autres espèces. Les grands prédateurs ont en effet besoin de territoires immenses pour vivre – près de 10 000 km2 pour certains. Par conséquent, pour les protéger, il faut protéger un écosystème en entier. Dans le jargon, on les appelle des «espèces parapluies».

Celles-ci sont également importantes sur le plan économique, car elles permettent de générer d’importants revenus. En fait, les grands carnivores sont susceptibles de jouer un très grand rôle dans l’économie africaine. Les gouvernements commencent d’ailleurs à envisager le tourisme faunique, incluant le tourisme photo, comme un élément essentiel de leur économie, et il s’agit d’activités durables en plus.

Le problème est de trouver une façon de ne pas se laisser dépasser par le rythme de la dégradation de l’environnement, mais il s’agit là d’une préoccupation planétaire.


(John Mittermeier, ornithologue de l’université Louisiana State, explique que la conservation implique plusieurs défis et des choix difficiles. / Russell A. Mittermeier)
L’exploitation forestière est une activité importante ici, tout comme l’extraction du nickel. Les gens grattent la terre jusqu’à dénuder la roche de fondation et envoient d’immenses quantités de terre – contenant du nickel – en Chine. Vous regardez ça et vous ne pouvez que trouver ça ridicule! Cependant, en tant que membre de la société moderne, vous utilisez tous les jours du nickel, et vous participez donc à tout cela. Le résultat est que, sur cette île de l’archipel des Moluques, le sol subit une pression insoutenable. Or, si vous transformez une forêt tropicale en savane, à peu près aucune espèce ne survit.

Les îles sont extrêmement sensibles à la disparition des espèces parce qu’elles comptent de petites populations d’animaux. Le défi que constitue la conservation sur une île se résume à une question: devons-nous tenter de conserver toutes les espèces ou seulement les espèces uniques qui n’ont pas de proches parents? Je me consacre à un oiseau en particulier – la bécasse des Moluques –, qu’on a récemment observé pour la première fois en 30 ans.

Les espèces animales sont comme des vis sur un avion. Vous pouvez en enlever une ou deux et l’avion continuera de voler, mais si vous en perdez un trop grand nombre, l’appareil s’écrasera. Le problème est qu’on ne connaît pas ce nombre, ni les vis qui sont essentielles pour que l’avion puisse voler.


(Selon Elbroch, les cougars seraient plus importants que les loups. / National geographic)

Je travaille dans la partie sud de Yellowstone, dans le Wyoming. Les loups ont été réintroduits dans le parc dans les années 1990, et nous étudions quels effets cette réinsertion a sur les pumas. Dans les années 1990, il y avait 4 ou 5 loups – aujourd’hui, ils sont 84.

Depuis la réintroduction des loups, la population de pumas a diminué de moitié, et ce, même si les êtres humains les chassent moins qu’avant. Elle est aujourd’hui de 18 adultes et de 30 à 35 petits.

Nous essayons de comprendre ce qui se passe. Est-ce que les loups dévorent les petits pumas? Nous savons qu’au cours des dernières semaines, des loups ont tué trois petits couguars.

Les chiens qui jappent attirent l’attention des loups, alors ces derniers les tuent. En conséquence, les humains ont cessé de chasser. Les loups mangent maintenant plutôt les petits des pumas.

Et est-ce que le manque de nourriture est une autre des raisons pour lesquelles la population de pumas diminue?

Quand les loups ont été réintroduits, les gens se sont réjouis de leur retour parce qu’ils les considéraient comme d’importants atouts pour l’écosystème. Mais l’apport des pumas est plus important: ce sont les fournisseurs, par exemple, des grizzlys, qui leur volent leur nourriture. Les choses se passent de la façon suivante: un puma tue, disons, un chevreuil, puis un grizzly suit et lui vole son repas.

Les humains doivent cesser complétement de chasser le puma. Autrement, l’espèce sera anéantie.

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