Société

Joindre l’utile à l’agréable: ces aînés qui continuent de travailler

Ghislain Synett, Robert-Michel Sallenave et Ousmane Fall, de BIXI

Ambre Giovanni - Collaboration spéciale

Alors que la pénurie de main-d’œuvre affecte presque tous les secteurs d’activités, plusieurs entreprises, dont BIXI, recrutent des personnes retraitées et préretraitées. Quelles sont les raisons qui poussent les aînés à rester sur le marché du travail passé l’âge de la retraite? Métro a recueilli les témoignages de cinq personnes. 

«Ça m’implique dans la vie du quartier dans lequel j’ai vécu longtemps et ça me fait oublier que peut-être, je vieillis», déclare le responsable administratif du restaurant Local 75 situé à Notre-Dame-de-Grâce (NDG), Jean-Pierre Gravel. 

Jean-Pierre Gravel, au Local 75 / Photo: Ambre Giovanni

Alors que des aînés continuent de travailler afin de maintenir leur vie sociale, d’autres travaillent par nécessité, comme le montrent les deux tendances dominantes observées par un professeur du département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal, Sid Ahmed Soussi. 

«Dans les deux cas, des gens peuvent être en situation de joindre l’utile à l’agréable, en trouvant un poste peu qualifié et peu rémunéré, mais qui est socialement utile et permet d’équilibrer la vie sociale», précise-t-il. 

Relationnel et santé

«Pour moi, ça a été bénéfique, car ça m’a permis de m’occuper et de sortir de la maison. Ici, on rencontre des gens, on se fait des amis. Ça tient très occupé», explique M. Gravel.

Le septuagénaire se charge entre autres de l’administration, des opérations liées aux salaires et de la comptabilité du Local 75. Très actif, il est également trésorier de l’Association des gens d’affaires de NDG, BizNDG, et a distribué des vaccins contre la COVID-19 au printemps 2021.

Continuer de travailler permet aussi de préserver la santé physique et mentale, comme l’atteste un grutier de BIXI, Ghislain Synett. 

«Ce que j’aime, c’est que je demeure parmi le monde. Je rencontre de nouveaux amis. Ça nous garde jeunes. En même temps, ça nous sauve de la maladie. On reste en forme. Ça nous éloigne des pilules», dit-il en souriant.

Ces années d’expérience lui permettent aussi de former les plus jeunes qui débutent dans l’entreprise. 

Engagements

D’autres personnes soulignent que leurs valeurs et leur engagement personnel sont au cœur de leur travail. Gail Pickles travaille au YMCA depuis 35 ans, par exemple. Après avoir occupé différents postes, elle se trouve à présent à la réception et accueille les membres.  

«Quand vous aidez quelqu’un et qu’on vous dit “merci, vous avez fait ma journée”, eh bien, il n’y a pas beaucoup d’emplois qui vous offrent ça. Le nombre de personnes que vous rencontrez est très intéressant. Beaucoup de personnalités différentes. Ça vous fait grandir en tant que personne», souligne-t-elle. 

Gail Pickles / Photo: Ambre Giovanni

Ousmane Fall est quant à lui redistributeur de vélos à BIXI. Son engagement en faveur de la planète s’incarne dans son travail.

«Je suis un militant de l’environnement et j’aime ça, donner des vélos. À chaque fois que les gens roulent à vélo, je suis content. C’est une voiture de moins. La lutte contre le réchauffement climatique, ça prend des vélos», témoigne-t-il.

Même son de cloche du côté d’un employé du département d’urbanisme de BIXI, Robert-Michel Sallenave, qui en retire des avantages sur les plans social et environnemental.

«C’est comme une passion. Je ne fais pas de jardinage, je ne fais pas de bricolage et j’aime bouger. L’ambiance est très bonne et c’est un produit que j’aime. Plus les gens seront en vélo, mieux ça sera pour la planète», soutient-il.

Revenu d’appoint

Cependant, d’autres personnes continuent de travailler parce qu’elles ne peuvent pas profiter pleinement des prestations déterminées ou voient leur pouvoir d’achat diminuer en raison de l’inflation. 

Elles sont majoritairement présentes dans les secteurs de la restauration, du commerce et de l’hôtellerie, ou bien à des postes de préposés aux bénéficiaires dans le milieu de la santé, selon M. Soussi.

Le besoin de main-d’œuvre concerne des postes peu qualifiés et avec des bas niveaux de salaires, d’après le professeur.

«Ces retraités qui retournent sur le marché du travail, ce n’est pas par choix de vie, mais par besoin de revenu d’appoint», affirme-t-il. 

Alors que les gouvernements soutenaient autrefois les retraités en situation de précarité, cette politique sociale est aujourd’hui réduite en raison des lourdes compressions budgétaires. 

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