En cette veille de la journée En ville sans ma voiture, il y a lieu de se demander ce qu’il advient des vieux véhicules qui ont terminé leur vie utile.
La bonne nouvelle est qu’avec un taux de recyclage de 80 %, l’automobile est l’un des produits les plus recyclés au monde. Bravo! La mauvaise nouvelle, toutefois, est qu’on pourrait faire mieux, tellement mieux, en matière de déconstruction automobile…
De plus en plus rentable
La déconstruction automobile, une opération qui consiste à démanteler un véhicule hors d’usage, permet de récupérer à peu près tout ce qui est métallique sur une voiture. Pour ce faire, pas besoin de législation ou de restriction : le prix de l’acier fait en sorte qu’il est plus rentable de «déconstruire» un véhicule que de le laisser rouiller dans un champ ou dans une grange.
L’américaine Recycle Steel estime que le taux de recyclage métallique sur une automobile est de 100 %. C’est dire que l’acier et le fer récupérés sur les véhicules hors d’usage représentent l’équivalent des métaux nécessaires pour en fabriquer de nouveaux. Quand même!
Mais une automobile n’est pas faite que de métal. Si elle en est constituée aux trois quarts, il reste un quart de verre, de plastique et de textile qui n’est pas recyclé. Ces matériaux finissent en «fluff», un résidu de déchiquetage qui prend la direction des sites d’enfouissement.
Moins de 5 % des matières enfouies
À première vue, le chiffre peut impressionner : chaque année au Québec, plus de 600 000 véhicules terminent leur vie et représentent quelque 223 000 tonnes métriques de matières non recyclées. Mais ce n’est rien en comparaison des six millions de tonnes de détritus annuellement enfouis dans la Belle Province.
En fait, les déchets automobiles représentent moins de 5 % de toutes nos matières enfouies. Ce n’est pas négligeable, mais avec un taux de recyclage de 80 %, l’automobile est actuellement l’un des secteurs industriels les plus «recyclés».
95 % d’ici 2015… en Europe
N’empêche, il y a moyen de faire mieux. L’Europe montre la voie à suivre en exigeant que d’ici 2015, la déconstruction automobile sur le Vieux Continent atteigne les 95 %. Les constructeurs n’ont pas le choix de mettre des mesures en place, et déjà, ils ont commencé à concevoir des véhicules plus faciles à démonter.
L’Amérique du Nord accuse un retard à ce chapitre et la crise financière n’aide pas. Le problème, c’est que le recyclage des plastiques, du verre et du textile n’est pas chose aisée. Vous connaissez l’expression «Faire du neuf avec du vieux, ça coûte plus cher»? Eh bien, voilà : actuellement, il est beaucoup plus économique d’acheter des matériaux neufs que d’opter pour ces matières recyclées.
Pourquoi? D’abord, parce que les procédés ne sont pas encore au point pour transformer à moindre coût un tapis automobile ou du rembourrage de siège en une matière réutilisable et abordable.
Ensuite, parce que le verre recyclé rapporte si peu qu’il est moins coûteux, moyennant quelques dizaines de dollars la tonne, de l’enfouir. Les recycleurs automobiles ne voient donc pas l’intérêt d’investir temps et main-d’Å“uvre pour décortiquer un véhicule de ses vitres et pare-brise, et ce, même si le verre représente au moins le tiers de la surface extérieure d’une voiture.
Les plastiques : tout un défi
C’est encore pire pour les plastiques. Leur recyclage est pratiquement impossible en raison de leur diversité. On trouve une vingtaine de plastiques et de composites dans un véhicule et, à l’étape du recyclage, certains fondent plus rapidement que d’autres. De surcroît, plusieurs contiennent des additifs toxiques qui servent, par exemple, à retarder la progression du feu.
Mais il y a une solution, et de plus en plus de constructeurs européens la mettent en Å“uvre : identifier et étiqueter ces plastiques de façon à en faciliter la «recyclabilité». Et ça vaut la peine! Selon l’American Chemistry, l’utilisation dans l’automobile de plastiques, plus légers que l’acier et favorisant donc l’économie d’essence, continue de croître, avec 150 kg par véhicule aujourd’hui, contre 27 kg il y a 40 ans.
Vers une taxe à l’élimination?
La déconstruction automobile plus consciencieuse, il faudra bien y voir un jour, ne serait-ce que pour épargner nos sites d’enfouissement. La première étape : inciter les constructeurs automobiles à concevoir des véhicules fortement recyclables. Mais il faudra des encouragements.
Cela pourrait passer par une mesure bien peu populaire : une taxe à l’élimination, un peu comme pour les pneus, qui sont frappés d’un droit de 3 $ depuis 2003. Un «droit à la récupération» de 100 $ par véhicule neuf vendu rapporterait au Québec, bon an mal an, 40 M$.
L’idée de payer pour «déconstruire» plus efficacement votre véhicule vous fait grincer des dents?
Demandez-vous ce que sont 100 $ sur un véhicule de plusieurs milliers de dollars. Et rappelez-vous, que la taxe d’accise sur les climatiseurs automobiles – qui augmentent la consommation de carburant, et donc les émissions polluantes – est elle aussi de 100 $…