L’avènement du contenu téléchargeable a permis d’allonger la durée de vie de plusieurs grosses productions par l’ajout de nouveaux personnages, véhicules ou missions. Des classiques ont été ressuscités. Des productions plus modestes ont vu le jour, qui n’auraient jamais pu se rendre chez les détaillants vu l’investissement et le risque financier associés à une distribution traditionnelle.
Une nouvelle tendance se dessine, avec des titres pour lesquels le nom «jeu vidéo» est presque inadéquat. Deux de ces essais viennent de voir le jour sur le portail en ligne de la PS3.
Projet interplanétaire
Dans Noby Noby Boy (NNB), le jeu consiste à manÅ“uvrer un quadrupède en forme de jelly bean rose à travers des environnements colorés. Boy s’étire, s’enroule, s’accroche à des objets, en avale d’autres… et finit par les expulser par où vous pensez. C’est tout. On fait ça à répétition jusqu’à ce qu’on ait vu ce qu’il y a à voir dans un environnement donné, et puis on change de décor. Il faut dire que des tableaux sont générés à l’infini.
NNB n’a pas d’objectif immédiat, ni de pointage, ni de structure : c’est une sorte de terrain de jeu. Son seul but est collectif : Boy peut transmettre à Girl, son alter ego féminin, la longueur qu’il acquiert en explorant le décor.
Girl, qui s’étire aussi, peut ainsi poursuivre sa course à travers le système solaire, puisque la longueur transmise par un Boy individuel s’additionne à celle de tous les joueurs dans le monde. Girl a ainsi atteint la Lune, située dans le jeu à plus de 300 000 km de la Terre, donnant accès à de nouveaux environnements où faire évoluer Boy.
Jusqu’où le créateur du jeu a-t-il pensé se rendre ainsi? Saturne? Pluton? Au-delà de la Voie lactée? On a visiblement fait le pari qu’étant donné le prix très modeste demandé, plusieurs curieux seront attirés et participeront à l’Å“uvre collective. Reste que si on a été fidèle à l’échelle, il reste plus de 50 millions de kilomètres à parcourir pour arriver à Mars…
Dites-le avec des fleurs
L’expérience de Flower est différente, mais tout aussi déroutante.
Le «joueur» commence avec un simple pétale porté par le vent, qu’il fait tourner autour d’autres fleurs qui s’ouvrent en lui donnant un pétale de plus chaque fois, produisant en même temps des notes de musique jouées une à une ou en cascade selon la force donnée au vent. Lorsque plusieurs fleurs sont ouvertes sur un territoire donné, la végétation y reprend vie et couleurs, et la nuée de pétales peut poursuivre son chemin.
Les déplacements sont effectués à l’aide des senseurs de mouvements de la manette de la PS3 (oui, comme pour la Wii!), et le joueur se trouve ainsi, en l’inclinant d’un côté ou de l’autre, à contrôler en même temps le déploiement visuel et sonore du jeu.
Celui-ci commence délicatement dans les tableaux de jour, pour devenir mouvementé et industriel alors que la nuit tombe, et se clore dans une sorte de réconciliation écologique. L’expérience est presque émouvante, et on a l’impression qu’un artiste nous laisse peindre une toile qu’il a imaginée.
Comme Flower dure à peu près le temps d’une soirée, il faudra voir son prix d’achat comme une entrée au cinéma. Ou plutôt au musée, puisque son concept soulève une question : s’agit-il d’une nouvelle forme de jeu ou d’une nouvelle forme d’art?