Vous avez roulé récemment sur la rue Notre-Dame en direction de l’est de la ville? À Montréal, c’est ce qui se rapproche le plus des pistes crevassées de l’Afghanistan, ânes en moins… encore qu’à certains moments de la journée, des conducteurs mal dégrossis tiennent fort bien ce rôle, au mépris des règles élémentaires de la circulation.
Que voulez-vous, Montréal possède un grand port. Il faut transborder les marchandises sur des trains, mais aussi sur des camions, toujours plus gros, toujours plus lourds, appelés à partager l’infortunée rue Notre-Dame avec de milliers d’autres véhicules qui vont vers le centre-ville ou qui en reviennent. Et ici, pas besoin de talibans pour miner les voies : nous avons nos décideurs, ou plutôt nos «indécideurs», qui les ont tout bonnement laissé se détériorer en ergotant depuis des décennies sur LE projet idéal… sans jamais agir.
Le déclin des infrastructures routières montréalaises ne date pas d’hier, mais on réalise dramatiquement, aujourd’hui, son impact dévastateur sur la position concurrentielle de la ville. Et c’est loin d’être le seul facteur qui nuit à la métropole, en train de perdre inexorablement de son lustre.
Voilà le sens de la plus récente intervention de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, dans une analyse qu’elle vient de faire paraître sur la compétitivité de l’environnement d’affaires de notre grande région.
Il y a quand même de bons côtés. Notre main-d’œuvre, par exemple, est de qualité, bien qualifiée, et on pourrait ajouter que son multiculturalisme est prisé… sauf que le défi de sa disponibilité va s’accroître au fil du temps. Par ailleurs, les coûts d’exploitation d’une entreprise, ici, demeurent modérés, et c’est là un avantage réel.
En même temps, la ville, comme le reste du Québec, subit le maraudage d’autres régions de l’Amérique du Nord. Pensez à l’usine d’Electrolux, à l’Assomption, qui va bientôt fermer parce qu’on va en ouvrir une nouvelle à Memphis, au Tennessee. La rétention des entreprises déjà établies ici va donner lieu à des empoignades. Mieux vaut être bien outillé… et pouvoir impressionner la galerie.
Au bout du compte, l’image globale qu’on dégage est fondamentale. Oui, il y a ce fichu conflit étudiant qui s’éternise, mais on va finir par en sortir. La question des infrastructures défaillantes sera plus difficile à régler. Les ponts, les échangeurs, le réseau d’aqueduc, les transports publics et j’en passe; Montréal n’a plus le choix que d’investir pour passer à l’ère moderne. Il lui faudra certainement de l’aide des autres paliers de gouvernement, les chantiers vont coûter cher, mais au moins, on avancera… en autant que les «indécideurs» redeviennent des décideurs.
Créateurs d’avenir
Il y a quelques années, Mohamed Hage a eu une idée géniale : pourquoi ne pas installer, en ville, des serres sur le toit des édifices pour y faire pousser des légumes? C’est à l’hiver 2011 que sa première installation est apparue dans l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville. Aujourd’hui, les Fermes Lufa distribuent des produits frais à plus de 2000 Montréalais.
Pascale Pageau, elle, voulait aider, en tant qu’avocate, les mères de famille désireuses de travailler à temps partiel. Le cabinet qu’elle a créé, Delegatus, compte aujourd’hui une vingtaine d’avocats, dont son collègue Paul St-Pierre Plamondon, fondateur de Génération d’idées.
De son côté, Jean-François Archambault se désolait de voir des gens avoir faim, alors même que les hôtels et les traiteurs mettaient de la nourriture aux rebuts. C’est ce qui l’a poussé à imaginer La Tablée des chefs, un organisme qui récupère maintenant, chaque année, au-delà de 300 000 repas.
Sans parler de Louis-Philippe Noël, de Québec, président de InnVue, qui s’est mérité une bourse de 10 000 $, de Charles Desjardins, d’Absolunet, de Diva Virginie Bassène, de Divaz… Ce sont tous des Créateurs d’avenir, selon le journal Les Affaires, qui vient de couronner 25 lauréats de moins de 40 ans. La relève est prometteuse au Québec. C’est déjà ça de pris.
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.