Je vais suivre le conseil d’une amie chère et je vais arrêter de m’énerver pour m’éviter un infarctus avec cette histoire Shafia. Alors quoi de mieux que de parler de sport.
Comme ici où le Canadien a remplacé l’Église, en Afrique, le soccer fait partie de l’identité des amateurs. C’est un trait affectif et spirituel distinctif auquel ils tiennent mordicus. Du coup, le soccer est devenu une marque de commerce qui attire les convoitises du fric et du politique. N’empêche, ce sport, dans sa noblesse, il est le sauveur en temps de crise!
Et en ce moment, la Coupe d’Afrique des nations (CAN) de soccer est à son zénith au Gabon et en Guinée Équatoriale. Lors de cette compétition qui mobilise le continent noir, le parcours et le destin de l’équipe nationale libyenne de soccer résument, d’une certaine façon, un pan de l’histoire du soccer africain.
Historiquement, depuis son implantation en Afrique à la fin du 19e siècle, le soccer a joué un rôle politique très important pour l’émancipation des peuples. Lors de la période de décolonisation, le foot y a été utilisé comme outil d’encadrement et d’identification nationale des jeunes pour accéder à l’indépendance. Ça ne vous rappelle pas un certain soir d’émeute au Forum, en 1955!
Malheureusement, après l’indépendance, le foot est passé de symbole national à un outil de propagande entre les mains des dictateurs avec le concours d’hommes d’affaires véreux. La marchandisation du sport est passée par là!
En Libye, c’était le cas aussi. Même si Kadhafi détestait le sport, il l’a utilisé comme propagande, même pendant la rébellion. Le printemps dernier, le colonel faisait des apparitions devant les caméras avec les joueurs vedettes du très populaire club d’Al Ahly de Tripoli. Mais certains joueurs écœurés de l’équipe nationale libyenne ont fui vers les zones des rebelles. Parmi eux, Jumaa Gtat, gardien remplaçant, et les deux milieux de terrain, Walid el-Khatroushi et Oussama Abdelsalem, qui avaient choisi le camp de la rébellion à leurs risques et périls. Ainsi, les Libyens « libres » se sont qualifiés pour la CAN alors que la révolution battait son plein.
Durant les moments forts de la révolte, les joueurs rescapés se déplaçaient en zone de guerre pour affirmer leur soutien à la rébellion devant les médias internationaux, pour remonter le moral aux troupes. Un coup dur pour la propagande du régime Kadhafi.
Héros ordinaires de la révolution libyenne, Jumaa, Oussama et Walid ont disputé leur première CAN. En un an, leur vie a changé. Tout a changé, leur hymne national, leur drapeau et le maillot qu’ils enfilent. Quand il a défendu son nouveau pays, Oussama Abdelsalem a ressenti une émotion inconnue. Il a déclaré au journal L’équipe que c’était la première fois qu’il ressentait du patriotisme!
Même si le championnat libyen est à l’arrêt, que les joueurs ne sont plus payés depuis presque un an, ils ont vu disparaître le régime de Kadhafi. Une victoire inestimable. Les joueurs trouvent un sens, désormais, à jouer pour leur patrie.
Comme dans chaque conflit armé, il y a aussi le cas de ceux qui ont choisi le camp Kadhafi. Le cas le plus éloquent est celui de Tariq al-Taïb, la star du foot libyen. Encore capitaine de l’équipe nationale, il s’en est pris à la révolution devant une caméra, en juillet dernier. Il a traité les rebelles de rats et de chiens. Ce numéro 10 talentueux, convoité par la Juventus Turin, au début des années 2000, est devenu un paria. Il n’a pas disputé la CAN et on le dit en exil au Koweït.
À lire :
- AFRICA 24 MAGAZINE, numéro 4, décembre 2011 – février 2012
- L’équipe, mercredi 18 janvier 2012
- Spécial CAN, portail de Jeune Afrique