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Lendemain de veille

Samedi. 11h46 du matin. Le réveil est dur. Collant. Ça sent le chaud, la bière, le fond de poutine. Le cerveau valse dans ton crâne comme un baril sur un bateau. Bang! Cogne un côté. Roule. Bang! L’autre côté. Tu prends ta tête à deux mains comme une boule de cristal. T’essaies de lire ton passé. Ta soirée. Quand est-ce que ç’a dérapé? Tu te souviens. Les maudits!

Vous étiez sept ce soir-là. Trois de la gang sont des party animals. Toujours l’extrême. Toujours la débauche totale. Avant, ils étaient juste deux. Mais tranquillement, ils ont réussi à amener une personne de plus dans leur trou à vices. Tu l’as remarqué. Parce qu’avant, tu te tenais souvent avec cette personne-là. Mais, depuis quelques mois, vous vous voyez moins. Soudainement, vos centres d’intérêt diffèrent. Ça arrive. Mais là, tu te demandes. Hier, comment ça j’ai flanché? Comment ça j’ai bu les fukin’ cinq shooters de suite avec les trois amigos?

Ça aussi, ça arrive. La pression. L’acharnement de ce petit groupe à te dire: «Envoye donc! Envoye! Viens-t’en! C’est ça, la vie!» La règle dans les mœurs, c’est plus tu convaincs du monde de suivre les tiennes, plus, sans être justes, elles deviennent la norme. Et la norme, c’est assez proche du juste. Ensuite, tu peux faire croire au reste que c’est ça, la vie, et qu’y a rien qui peut changer ça.

Mercredi. 11h46 du matin. Le réveil est banal. Sec. Ça sent rien. Le cerveau s’étire tranquillement dans mon crâne. Je me suis couché encore trop tard. Pour aucune raison pertinente. Juste par mauvaise habitude. Faut que je change ça. Je me lève. Je vais directement à mon ordi. Voir ce que j’ai manqué dans les sept dernières heures. Ça aussi, faut que je change ça.

Kony 2012. C’est quoi, ça? Je clique. Trente minutes plus tard, je rage et j’espère. Je rage parce qu’arrêter ce genre de fou devrait être un but systématique. Et donc, j’espère que ce mouvement est vrai et réussira.

Kony est un extrême, mais vit selon le code répandu partout, même ici, mais vécu à des sauces différentes: la loi du plus fort. Le dominant et le dominé. La loi de la jungle. La violence physique et psychologique. Piler sur l’autre pour avoir plus, pour être plus. Et la fatalité du «c’est la vie, et
y a rien qui va changer ça.»  

Ça, c’est ce qu’un petit groupe et quelques disciples veulent nous faire croire. Parce que la seule façon qu’ils peuvent goûter au buzz du top de la pyramide, c’est de faire accepter au reste que la pyramide est inévitable.

On a flanché. On a acheté. On s’est agenouillés devant le curé. On ne s’est pas trop informés. On n’a pas trop lu. On a été cyniques. On a été égocentriques, égoïstes. On a cru à la pyramide. Bref, on a bu les cinq shooters. C’est correct. Ça arrive. Le soleil est toujours là, on est toujours là. Et comme tous bons lendemains de veille, y a deux choses à faire: se pardonner et ramasser.

– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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