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Sale temps pour les Arabes

Lundi matin, je roulais tranquillement sur le boulevard Saint-Laurent en écoutant la Première Chaîne de Radio-Canada, quand Denis Couture a parlé d’un article sur le Moyen-Orient. J’ai lancé un «ça va faire!» bien senti.

Une fois à ma table de travail, j’ai lu l’article en question sur le site Slate. L’analyse d’Aaron David Miller, un spécialiste de la région, s’est avérée un collage de stéréotypes, dans le genre la culture de l’Arabe narcissique et batteur de femmes est la cause de sa propre déchéance.

Autrement dit, si les 22 pays arabes pataugent dans la décadence, c’est à cause de leur machisme et de leur religion. Citez-moi les pays qui ont tordu le cou au machisme et à la religion avant d’instaurer la démocratie. Dans quel pays occidental la liberté des femmes a-t-elle devancé l’instauration de la démocratie?

Dans la marche de l’Occident vers le progrès, il y a eu d’abord la démocratie qui, durant plus d’un siècle, a favorisé l’épanouissement des droits de la personne. Pourquoi ce schéma est-il bon en Occident et pas en Arabie?

Qu’on soit phobique à l’égard de l’idéologie des islamistes, soit. Mais l’instauration de la démocratie passera d’abord par des élections libres, spécialement dans une contrée qui a croulé sous le joug de l’occupation, sous une forme ou une autre, durant les cinq derniers siècles.

À la suite du printemps arabe, il y a eu des élections démocratiques dans quatre pays de la région. Sauf en Libye, les islamistes dirigent des gouvernements en Égypte, en Tunisie et au Maroc. La marge des libertés s’est élargie dans cette zone. Le peuple a découvert que Dieu n’a rien à voir avec son chômage et sa misère. Ce sont les responsabilités des femmes et des hommes qu’il a lui-même mis à la barre du pays.

C’est là où l’alternance démocratique entre en jeu. On le voit en Tunisie, où Ennahda perd de plus en plus l’appui de la rue. Au Maroc, le PJD vient de perdre l’appui d’un parti historique, qui a claqué la porte de sa majorité. En Libye, c’est ce qui se dessine. Et en Égypte, avec son entêtement, Morsi avait réussi le coup du siècle en unifiant une opposition jusqu’alors éparpillée.

La normalisation de la vie politique en Arabie force les oppositions à se structurer face aux pouvoirs en place. Les islamistes ont été mis face à leurs responsabilités et leurs premières crises institutionnelles. Ont-ils pour autant enfreint le processus
démocratique? Non.

Écraser le processus démocratique en marche en Égypte en fermant les yeux sur un coup d’État est un crime. Évincer le premier président démocratiquement élu depuis plus de 5 000 ans, c’est-à-dire depuis l’ère des Pharaons, est annonciateur d’un autre sale temps pour les Arabes.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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