La plupart des pays européens sont surendettés, les dirigeants sont impopulaires avec leurs plans d’austérité, Nicolas Sarkozy risque de se faire montrer la porte le 6 mai, le gouvernement néerlandais vient de tomber… Si ça va mal, il faut bien que ce soit la faute de quelque chose. Qu’est-ce qu’on pourrait bien blâmer pour tous ces problè-mes? Mais l’euro, bien sûr!
Ce sont les bureaux de change qui doivent être contents. Ils sont bien moins occupés depuis que la monnaie unique s’est répandue sur l’essentiel du continent européen, à part la Suisse, la Norvège et certains pays de l’ancienne Europe de l’Est.
L’Union européenne s’est construite sur toutes sortes de bases plus importantes les unes que les autres, mais l’euro est toujours demeuré un puissant symbole. Un pays qui va jusqu’à renoncer à sa monnaie nationale est prêt à tendre la main à ses voisins.
On a pu donner pendant un temps l’illusion que cette nouvelle entente allait propulser l’Europe, elle qui s’est déchirée au cours des siècles. Pris dans son ensemble, le bloc européen représente la première économie mondiale. De quoi faire contrepoids aux ambitions des États-Unis et de la Chine… et de quoi faire saliver le Canada, toujours en quête de marchés d’exportation, et qui négocie d’ailleurs activement un traité de libre-échange avec l’Union européenne.
La récession a tout ébranlé. On s’est rendu compte que bien des pays vivaient au-dessus de leurs moyens, financés par des banques qui ne demandaient qu’à les endetter, et que leur relative prospérité reposait en fait sur du vent.
L’accord de Maastricht, reconnu comme moment clé dans tout ce cheminement, exige des pays que leur déficit annuel ne dépasse pas 3 % du produit intérieur brut, c’est-à-dire la valeur de tout ce qui est produit dans le pays. Or, la plupart des pays ont allègrement transgressé cette règle, remettant leurs devoirs à plus tard. Cette année, par exemple, le déficit de la France – pourtant reconnue comme mieux nantie par rapport aux autres – avoisine 4 %. En comparaison, le déficit budgétaire courant du Québec n’est que de 1 %. Et on s’en inquiète, sachant que la dette globale, elle, ne cesse de gonfler. Imaginez ailleurs.
C’est pourquoi les pays européens ont dû se résoudre à resserrer leurs finances, quand ils n’y ont pas été forcés, comme la Grèce. Mais les plans d’austérité ne sont jamais populaires, où que l’on soit. Le gouvernement néerlandais en a fait l’expérience, lui qui vient de tomber. On accepte mal que l’âge de la retraite soit reporté de 65 à 66 ans…
Quand la situation se dégrade, on cherche des coupables. D’où le doigt accusateur pointé vers l’Union européenne. Comme si on se disait : «Ça allait tellement mieux quand nous nous occupions de nos propres affaires.» C’est ce que dit le Front national, à l’extrême droite en France, dont Nicolas Sarkozy a absolument besoin. Paradoxalement, c’est aussi ce que disent les tenants de l’extrême gauche, que devra courtiser François Hollande.
Entendons-nous, la France n’est pas à la veille de débarquer du bateau de l’euro. Mais le seul fait qu’on évoque plus ouvertement cette possibilité montre
que l’Europe n’est vraiment pas sortie du bois.
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.