C’était en 1999. De secondaire trois à secondaire cinq, je suis allé à l’école anglaise.
À mon arrivée, à ma grande surprise, j’ai appris qu’on avait un curé dans l’école. Il donnait des conseils de vieset quelques fois dans l’année, par exemple à Pâques, il faisait des messes. On était au seuil de l’an 2000, mais je me croyais en 1953, Elvis et l’air pur en moins.
Un jour, m’sieur l’curé est venu nous chercher dans notre classe. Il avait un besoin URGENT de nous parler. Nous sommes descendus dans le local de catéchèse. «Est-ce qu’il y en a parmi vous qui ont vu le film Stigmates?» Notre curé avait l’air troublé. Le message qu’on passait dans le film était que Dieu est partout, que tu n’as pas besoin de l’Église pour être en contact avec lui. Bref, le long métrage brassait l’Église et banalisait la job de notre curé. Lui s’était senti menacé. Moi, j’avais apprécié.
Il nous a mis en garde contre ce film «malicieux», ensuite, il a fait une prière et a demandé à Dieu d’entrer dans sa boîte, le tabernacle. J’ai levé la main. «Comment vous avez fait pour prendre tout Dieu et le mettre dans votre boîte?» D’un ton amusé, presque méprisant, il m’a répondu : «Benoit, Dieu est grand, il peut être à plusieurs endroits à la fois.» D’un ton naïf et insouciant, j’ai répliqué : «Bien c’est exactement ce que dit le film. Que Dieu est autant dans un arbre, sous une roche, chez vous, que dans l’Église ou dans votre boîte. Alors, il est où le problème?» Oups!
Il m’a pris par la main, m’a amené devant une minuscule pièce à débarras, un genre de walk-in. Il a ouvert la porte. Devant moi, debout dans le fond de la pièce, se trouvait un crucifix de six pieds de haut avec un gros Jésus tout en sang éclairé par une faible lumière rouge. «Regarde-le dans les yeux et dis-lui que tu ne crois pas en lui.» Puis, le curé a fermé la porte, me laissant seul dans la pièce «casseuse de p’tits smattes».
Je n’ai pas pris de chance. J’ai supposé que Jésus existait et que je l’avais blessé. «Je m’excuse, j’ai juste 16 ans, j’essaie de comprendre le monde qui m’entoure. C’est pas facile de se mettre dans la tête des milliers d’années d’histoires, de pensées, de cultures, de religions, et de raisonner le tout. J’ai même pas fini ma puberté, et tu veux que j’aie fini de raisonner? En tout cas, sans rancune. Et oh, si tu cherches ton Père, il est dans la boîte du monsieur l’autre côté.»
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