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L'intouchable et le reste

Je déteste magasiner. Trop de tissus, de prix, de marques, de grandeurs, de couleurs, de vendeurs magouilleurs : «Si je veux acheter une paire de semelles en extra? Heee… Dans un soulier, le confort du pied, c’est pas l’essentiel? Tu veux me dire que je paye cent cinquante dollars pour des vraiment super nice cool lacets?»

 En fin de semaine, j’ai dû faire face à la musique. Grand besoin de boxers. Je suis un cliché vivant de gars. Mes boxers ont souvent l’air d’avoir fait la traversée du désert, ils ont du vécu, ils sont maganés, mais ont beaucoup d’histoires à raconter. Vous êtes curieux et curieuses des histoires? Correct. Je vous passerai mes vieux boxers, vous irez prendre un verre avec. Vous allez rire.

Bref, je me suis retrouvé dans un très gros centre d’achat. Beaucoup trop gros, le genre que t’as besoin d’un GPS pour t’y retrouver. Comme mon collègue et ami humoriste Guillaume Wagner dirait, j’étais dans l’anus du capitalisme.

Une fois mes achats complétés, je me suis assis sur un banc le temps d’un jus de fruits écrapous. Je faisais des aller-retour entre la Lune et le kiosque de montres. Je semais dans ma tête des pensées sur la surconsommation, les manipulations, les semelles en extra. Il y a des jours où pour cultiver l’amertume, j’ai le pouce vert.

Puis un rire. Un rire m’a fait sortir de mon jardin d’herbes à fou. C’était un vrai rire. Un rire de tripes, de larmes, de souffle court. Je me suis retourné pour voir. Une femme avec son mari et un autre couple était assise à une table. J’avais aucune idée de ce qu’il y avait eu de si drôle, mais c’était drôle. En retournant ma tête, j’ai aperçu un couple dans la vingtaine qui se faisait une caresse sincère, gratuite, pour rien, en plein milieu de l’allée des mille et un magasins.

Il y a des jours comme ça où ça fait du bien. Ça fait du bien de se rappeler que malgré les mille complexes qu’on nous donne, les faux besoins, les semelles en extra,  un rire ou un je t’aime, dans un magasin ou un jardin, ça reste réel et humain. Est-ce que je t’aime moins si je te le dis devant GAP? Est-ce que c’est moins drôle si on rit devant Levis? Est-ce que mes idées dans cette chronique sont moins réelles parce qu’elles sont entourées de pubs?

Il y a des choses pures et intouchables, pour le reste il y a…

– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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