Le printemps. La saison du renouveau. Le retour du soleil, des fleurs, des oiseaux. Haaaa, le printemps! La saison des amours! Pas vraiment. C’est autant la saison des amours que la saison des licornes susceptibles. «Qu’est-ce t’as à rire!? C’pas une banane, c’t’une corne!» Au printemps, je connais plus de couples qui se brisent qu’il y en a qui se forment. C’est logique. Le monde est beau, on se sent beau. On s’est endurés l’hiver pour se garder au chaud, pour les cadeaux. Juillet s’en vient, le bail tire à sa fin, donc bye.
C’est la saison des «C’pas toi, c’est moi.» et des «Tu mérites mieux». Les slogans ridicules de la rupture.
Le pire, c’est qu’on les accepte : «C’pas toi, c’est moi.» On le sait que c’est de la poudre aux yeux. Mais on la prend. C’est une poudre qui gèle juste assez longtemps pour oublier. C’est l’anesthésiant de la vérité. Voyons ce qui se cache derrière ces poudres magiques. Cacao? Cannelle? Cumin? Pas sûr.
«C’pas toi, c’est moi.» Quand on dit ça, c’est clairement le contraire qu’on veut dire. On a tellement de choses à reprocher à la personne qu’on laisse, qu’on ne saurait pas par où commencer. Donc, on renverse la situation. On ne dira pas : «Je n’endure plus ta jalousie, ton manque d’humilité, de générosité, de respect, d’écoute, d’initiative, de passion, d’ambition… et tu m’excites autant qu’un verre de V8.» On lance la poudre magique : «C’pas toi, c’est moi.»
«Tu mérites mieux.» Ma poudre préférée. Qu’est-ce qu’on dit réellement quand on dit : « Tu mérites mieux»? On dit : «Je sais ce que tu veux, je sais ce que tu vaux, mais je suis trop lâche pour te le donner, faque va le chercher ailleurs.»
C’est plus facile de dire «Tu mérite mieux», que d’être ce mieux. C’est plus facile de chercher une personne qui se contente de Kraft Dinner que d’apprendre à faire un rôti de bouf.
Amis au cour brisé. À vos CD d’Isabelle Boulay et de Mario Pelchat! Pleurez un bon coup, jetez-vous sur votre brosse à dents, puis sortez dehors. Il y a du beau monde partout, qui mérite aussi mieux que vous. À chaque torchon sa guenille. À chaque mieux sa meilleure.